EPILOGUE. 53r
Bonaparte s est trompe : il s'est cru intuitif, comme furent dans les temps anciens les hommes de sa trempe; il devait se borner à être assimilatif, seule condition des hommes de f;énie dans les temps modernes. Ce qui aurait dû Tcclairer, c'est qu'il savait bien que l'inspiration lui manquait. L'ancien destin avait péri; et la force ne supplée point à l'inspiration.
La loi chrétienne fait que les hommes intuitifs ne sont plus nécessaires.
Que notre esprit se repose des changements de dynasties pour les révolutions cosmogoniques et pour les révolutions de l'humanité ; nous savons que le dogme impitoyable des temps anciens vient d'être complètement aboli par le développement même de la loi chrétienne. Maison de France, la première tu auras pu te revêtir du manteau delassimilation; la première tu auras appris que tu devais représenter et non faire les destinées nouvelles.
Le christianisme a rétabli funité de l'espèce humaine.
Qu'il me soit donc permis de déposer au pied de la croix civilisatrice une preuve nouvelle de la régénération proujise à l'homme le jour même où l'homme succomba; et cette preuve doit prendre rang parmi les preuves historiques.
liC signe auguste de la rédemption n'est-il pas eu
53j KPILOGUE.
im'iiu; temps le si{;iie de la j)n){jiessi()n des destinées humaines?
Avant d'aller plus loin, arrêtons-nous un instant à considérer le point où nous sommes arrivés.
Nous avons vu, autant que de telles choses ])euvent se voir, nous avons vu les premiers efforts qu'a faits le genre humain pour accjuérir la responsabilité, l'attribution de ses actes, pour se mettre en possession de la conscience. Lorsque la conquête de' l'humanité fut près d'être accomplie, on put croire que le mot de la grande énigme allait être dit à l'homme par l'homme lui-même; que la conscience étant la libre propriété de Fliomme, l'homme n'aurait plus qu'à interroger la conscience. Et Socrate parut. Mais il n'en va pas ainsi. Non , la conscience ne peut pas tout raconter à l'homme; et plus 1 homme se sépare des traditions, plus il se trouve seul, face à face, en présence du mystère. Alors il veut sonder le mystère; et le beau génie de Platon vient étonner et charmer le monde.
Maintenant représentons -nous Descartes avec cette intelligence si vaste qui lui donna la faculté de vouloir reconstruire la science en dédaignant tous les monuments de la science ; essayons par la pensée de le faire pénétrer dans l'Académie, dans le Lycée, dans le Portique, même sous les ombrages des jardins dEpicure; forçons le Titan du doute a