LIVRE DEUXIEME
« Se retirant au fond des forêts , ou sur les bords de la mer, pour ne pas succomber à de si vastes méditations , le poëte pieux essayait sur sa lyre créatrice et plaintive de plus puissants accords; et son ame rêveuse se perdait sans fruit dans l'immensité du spectacle de la nature. Seul, il cherchait les rapports des êtres entre eux, les lois de la Providence, les types de la beauté, le secret de l'homme. Ainsi la pensée incertaine qui s'était à son insu reposée sur Eurydice, devenait déjà pour lui le lien harmonieux de toutes ses pensées. Lorsqu'il le comprit, ce fut comme une révélation positive de lout ce qu'il n'avait jusqu'alors senti que confusément. Toutefois il craignait de s'abandonner à une illusion dangereuse, et le dpvoir qu'il s'était fait à lui-même poussait, au fond de sa conscience, un cri austère. «Hélas! disait-il non sans douleur, " qu'ai-je à offrir à la fdle de Talaon? une vie vul- «gaire et l'exil. Ah! soyons seul malheureux. »
« Cependant il s'était aperçu qu'Eurydice avait deviné un secret qu'il s'efforçait de eaclier dans son sein : tant il était impossible de se soustraire à ces attraits d'une sympathie en quelque sorte idéale , charme indicible de fimagination et du cœur, devenue la forme enchanteresse dont veulent se couvrir les destinées nouvelles de riiumanité. ^orsque avec sa lyre Orphée accompagnait la douce voix
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(le 11 vicr{;o iiiiioceiito, les cliaiits d'iMiiydice prciiaiiMit UNO c'X|)ressi()n divine, ot I aine de Tnii et de l'antie, ne taisant (junne anie, s'égarait é|)erdne coninie dans nne iqjion fantastique, toute peuplée de contemplations délicieuses. Il disait alors à la jn-ophétessc ([ui sif>norait elle-même : « Vois ces " nna(;es sur l'a/.nr du ciel; telles sont les pensées « incertaines de 1 homme. Vois ton ima^je si belle, «souriant dans le cristal des fontaines; les espé- « rances de 1 homme sont aussi aimables, mais elles « n'ont pas plus de réalité. » J^^urydice lui répondait en souriant: « N'es-tu donc plus sensible à la hi- « mière d'un beau jour, à la clarté de la hinc se « reposant sur le fenillajje des arbres? Ton oreille « ne sait donc plus connaîtie les heures snccessives «de la journée à l'impression diflV'rentc prodnite '< par les sons qui s'échappent de la solitude? Les « parfums de l'air ne te font-ils aucun ])laisir, et les « aliments que tu trouves avec nous sur notre table .< frugale ont-ils perdu toute leur saveur? Que parles- " tu d'espérances vaipes et trompeuses à l'égal de '< l'image réfléchie dans l'eau des fontaines, de pena sées aussi fugitives que les nuages criants sur nos "têtes? Tu te trompes, Orphée; tout se passe au " fond de notre cœur; et c'est notre cœur seul qui «donn%à tout l'existence et la réalité.» «Et l'ave- « nir! disait-il avec une inquiétude ])leine d'amour