LIVRE DEUXIÈME
« donné d'accomplir. Je crains souvent, je l'avoue, '< que ma destinée tout entière ne puisse se déve- « lopper, et que ce ne soit là le triste mystère que " nous cherchons mal-à-propos à pénétrer. Mais , « s'il faut vous dire ma pensée , ô mon père , le nom « d'Eurydice doit nous rassurer tous les deux. Eu- « rydice sera sans doute pour Orphée la vision « merveilleuse qui désormais éclairera toute ma vie. «Sans elle, ce qui doit me distinguer des autres « hommes n'eût jamais pu être réalisé. "
« Le vieillard sourit à un tel présage, qui aurait été bien loin de satisfaire à sa prudence, si d'ailleurs il n'eût pas eu d'autres inspirations ; puis il parla en ces mots au poète divin :
« Les dieux ne nous doivent aucun compte des << présages qu'ils nous envoient, ou qu'ils font naître « en nous. Qu'Eurydice soit donc pour le délaissé « la fille de la vision , le songe vivant de Jupiter. « Sans elle, je le veux, tu ne serais qu'un flambeau « éteint; eh bien! avec elle puisses-tu être un flani- « beau éclatant pour le monde ! Par toi , tu as la pro- « priété aux confins célestes ; par elle, tu auras un " père, puisqu'elle en a un. Ton nom désormais si- « gnifiera aussi lumière et guérison; et le sien vou- « dra dire justice , mais justice dans un sens étendu , « dans le sens opposé au droit qui s'explique seu- « lement par la force; car le Jupiter qui opprima
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" IVomôtlu'c n'est autre eliose (|iie la foice. Ainsi u vous teiez pénétrer clans le monde d'abord I isopo- « litie et ensuite l'isononiie. Orjdiée, souffre encore « une question de ma jiart. I']n écoutant la voix " intime cpii te porte à faire du bien aux hommes, « as-tu mûri les conseils secrets de ce dieu (jui est « en toi ? »
« Non, dit Orphée, je n'ai point mûri par la ré- « flexion les conseils secrets de ce dieu qui repose « en moi; car ces conseils ressemblent à des ordres, « et il ne me reste <ju à agir. Ecoute à ton tour, 6 «< mon père, écoute le récit de ma première inspi- (' ration. La lyre a toujours réveillé dans mon ame « mille idées confuses, que, dans mon enfance mer- « veilleuse , je n'avais point la force de saisir et d'em- " brasser. N'y a-t-il pas une voix dans les choses? «Ces nuages errants sur nos têtes, lorsqu'ils nous «cachent la vue des astres, nous les représentent '< encore par leurs vives couleurs. Nos langues sont- « elles un reflet de la pensée humaine? La pensée « humaine est-elle un reflet de la pensée divine? ou «plutôt, la parole, qui est l'homme même, n'est- « elle pas l'inspiration toujours subsistante de Dieu? «Les objets de la nature, les arbres, les fleurs, les « nuages, les parfums, la lumière, les vents, sont- ( ils des emblèmes dont Ihomme cherche l'explica- .< tion après l'avoir perdue? Et cette explication ne