LIVRE DFXXIÈME. i
«doit-il pas la trouver dans la parole, révélation « qui ne finit point, chaîne éternelle, dont tous les " anneaux, attachés entre eux, sont d'indestructi- « blés traditions? Les bruits confus de la vallée, de « la forêt, des eaux , le bourdonnement des insectes, " les cris et les chants de tous les êtres vivants, ont- '< ils un sens unanime de prière et de gémissement? « Y a-t-il une harmonie universelle dont Thomme " puisse sentir tous les accords , deviner toutes les « lois? Les instincts de ma lyre, comme les blanches '«ailes de la colombe, me soulevaient de dessus la "terre, et me tenaient suspendu dans les hautes '< régions que le corps ne peut habiter. Mais mon " ame, un instant éperdue, retombait bientôt dans « sa prison terrestre. Un jour, durant mon voyage "dans les hautes régions de l'esprit, il me sembla '< voir une grande lumière qui enveloppait la nature » immense , et éclairait profondément toutes choses. « Ma vue n était point assez rapide , ni ma pensée " assez active pour être par-tout à-la-fois dans un '< instant indivisible. J'eus néanmoins un sentiment « réel mais obscur et indéfinissable de l'essence et " de rcnsemblc de tout ce qui existe. J'entendis « alors un son, mais un son intellectuel, et ce son « me parut être la parole de la lumière. J'inter- « rogeais en moi, et la parole en même temps ré- '« pondait en moi. Je ne puis dire la suite et la forme
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<Iiiii (cl «.•iitrctieii ; mais (ont est resté dans le • fond de mon ame, comme le feu demeure each('; - dans les veines d'un caillou jus(ju an moment on " un choc l'en fera jaillir. Chaque fois que j'aurai '< besoin de consulter l'oracle, j'en suis certain, je le " retrouverai ; il ne refusera pas de me répcmdre, il " ne me trompera point. »
« Je ne suis point né du chêne, dit Talaon, je ne " suis point né du rocher, mon corps fut un airain '< embrasé; trois fois en un jour je pouvais faire le " tour entier de file de Crête. Je fus ainsi autrefois. « Alors je n'aurais pas eu l'intelligence de tes dis- " cours. Mais pour échapper à la destinée qui me " menaçait, ])uis(jue ma vie était toute contenue par " un clou fatal (jui pouvait mètre enlevé, j'ai re- .< connu fempire de Jupiter, et j'ai chan{][é de na- « turc. Maintenant il m'est donné de te compren- « dre. Tu te confies en l'inspiration uiême de la " parole : cette belle et inconcevable doctrine qui « t'est venue comme le souffle de la vie, comme la « lumière par laquelle tes yeux voient , parcequ'en u effet ton origine est céleste ; cette belle et incon- " cevable doctrine, je l'ai apprise déjà parmi les sa- « ges de l'Inde. Qu'elle soit quelques instants le sujet, " non plus de nos méditations solitaires, mais de « nos méditations communiquées. Ainsi que toi je 'Suis un homme vivant des fruits de la terre, et