LIVRE DEUXIEME. i j i
« les pensées des hommes sont faites pour se fécon- « der mutuellement. Toutefois, avant tout, je veux " te dire une seule chose : Tu te confies en la parole ; <( refuse la parole à ceux qui ne doivent pas Favoir. ;' Enveloppe la loi de mystère pour la rendre inscru- « table aux profanes. »
<( Ainsi Talaon et Orphée s'entretenaient ensemble, et trompaient par de tels entretiens l'approche d'une séparation qui devait être si douloureuse pour tous. Celui qui pourrait savoir les discours qu'ils tenaient entre eux serait bien avancé dans les secrets dont le temps a épaissi les voiles. Il saurait ce qu'ont cru les sages des âges primitifs sur l'insondable unité de Dieu , sur la création, sur la matière, sur l'origine du mal, sur les différents ordres d'intelligences émanées de l'intelligence suprême , sur les immortelles destinées de l'homme. Il saurait ce qu'il nous' est permis de savoir sur les causes de l'univers. Ce serait assister en quelque sorte aux entretiens du passé et de l'avenir.
" Quelquefois le vieillard disait à Orphée : « Mon « fils, tu devrais aller avec Eurydice sur des ro- « chers inaccessibles, et dans le fond des forêts, « car il faut qu'elle s'accoutuqie à supporter les tra- « vaux qui te seront imposés, comme il faut que sa " mère s'accoutume à chercher autour d'elle sa fille «chérie, sans la trouver. Nous avons dû l'aban-
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'. doiiiRT à SCS propres inspirations; nous savions '. (jnVllc ne nous appartenait pas. » Le jiocte inspiré obéissaitVolontiers aux conseils de Talaon.
«Lorsque Orphée et Eurydice étaient seuls, ils scntretenaient de la vertu et de la poésie. Orphée parlait de la beauté, qui est elle-même une poésie tout entière. Eurydice disait le bonheur, pour un être faible, de s'appuyer sur un être revêtu de force et de bonté. Elle demandait au fils de la lyre le récit de ses aventures, (jui étaient de véritables symboles, et elle les lui faisait raconter de nouveau cpiand il avait fini. Les siennes, à elle, n'étaient ni longues ni variées. Elles s'étaient toujours passées autour d'un rosiçr, ou sur les bords d'une fontaine. Tous les événements de sa vie étaient la naissance d'une fleur, ou léchant d un oiseau, ou les gracieuses allures de sa biche favorite. Il aimait à l'entendre parler de ses rêveries, et du jour où, pour la première fois , il parut devant elle au sein de la tem^ pête. Il souriait toujours de nouveau en apprenant combien une telle apparition avait éiiiu le cœur de la nynq)he charmante, combien elle avait désiré se trouver à ses côtés, car elle ne croyait pas qu'un être si calme et si beau dût périr; et cependant l'inquiétude la troublait dans tout son être. Il l'écoutait avec ravissement, et lorsqu'elle avait fini de parler, il lui disait : « O ma bien-aimée, tu as un