‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 3 sur 189 · FIN DE LA PREMIERE ADDITION AUX PROLEGOMENES · texte numérisé non relu

FIN DE LA PREMIERE ADDITION AUX PROLEGOMENES

ORPHÉE

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ARGUMENT

Le lecteur doit savoir maintenant ce qu'est le poëme (VOrphée. Le lieu de ma fable est cette partie de Fhorizon historique qui est le lieu de l'épopée primitive.

Dans les Prolégomènes , j'ai fait sentir l'idée générale; dans les arguments de chaque livre, je m'occuperai de quelques détails.

Le premier livre est l'exposition du poëme.

Le vieux Latium représente ce qu'il y a de plus reculé dans les origines romaines.

Evandrc est sorti de la région anté-lunaire , c'est-à-dire conserve la mémoire d'une époque antérieure au défrichement primitif, alors que les rayons de la lune ne pouvaient pénétrer jusqu'au sol encombré d'une végétation exubérante. Les hiéroglyphes des bois sacrés nous apprendront plus tard à apprécier cette tradition de la grande forêt de la terre , éclaircie çà et là par les premiers travaux de l'homme.

Evandre est un meurtrier, car, ainsi que cela a été dit, tout auteur d'un ordre de choses, dans la langue du mythe primitif, est un meurtrier. Ce meurtrier fut même un parricide, car, dans cette même langue, un dynaste , un fondateur de dynastie, est un parricide.

Je me serais bien mal expliqué jusqu'à présent si j'avais besoin de revenir sur les idées attachées à ces

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luoiirtivs, à ("OS iucostcs, à ces expositions (rciil;iM(s nivdcstiiK'S, qui sont «les événements si conminns non seulement ilans les mytholo{;i«'s , mais aussi dans les premières narrations de toute histoire antique.

Toutefois ces meurtres, ces crimes divers, qui sont des myt^^i^'s , ont besoin d'être expiés ; et c'est là (\uo. réside le principe enveloppé de la grande loi des sociétés humaines.

Cnrmetitn est inie prophctesse palingénésique; j'ai conservé la désinence de son nom à cause de sa transformation en sibylle latine : j'aurais pu aussi bien la désigner sous le nom de îSicostrate pour le temps où elle fut tliynde arcadienne.

La succession des muses théognniques et des muses cosmogoinques exprime une succession de faits antérieurs au défrichement primitif. Les muses de l'humanité expriment une troisième ])ériode qui se partage ellemême en trois autres périodes , celles qu'ont signalées Varron et Yico , celles dont il a été si souvent parlé dans les Prolégomènes.

Hortuna est la Fortune, mais la Fortune itahque primitive. J'ai conservé l'aspiration et la désinence; la vétusté du mot dit la vétusté du sens que j'ai voulu réveiller. Il en est de même du mot Fatum, qui désigne le Destin latin primitif, dans le sens déterminé par Vico et par moi.

En général , je n emploie ces sortes de mots que pour leur conserver un sens originel qui se perdrait soit par une traduction française , soit même si je ne prenais pas le soin d'en étudier les vieilles acceptions , quelquefois perverties parles élégances latines du siècle d'Auguste,

quelquefois aussi ignorées de ceux qui s'en sont servis. Mais , il faut bien le dire , nous nous sommes tant occupés, dans nos écoles, de la langue du siècle d'Auguste, que la plupart de ces inflexions de sens ou d'acceptions peuvent nous être attribuées. De là la nécessité (^ remonter le plus possible aux sources.

Le mot nwnèn est déjà expliqué dans les Prolégomènes: chaque dieu avait son nwnèn, et était lui-même un numèn : ceci tient à une idée sur laquelle repose la cabale , car cette idée , qui est celle de la puissance des noms , n'appartient pas aux Juifs seulement.

Le mot géniùs ne pouvait se traduire , parceque je voulais lui donner une signification spéciale , et que le mot génie eût eu besoin d'être restreint par une périphrase : d'ailleurs il fallait bien que plus tard le lecteur fût préparé aux mots ingenuùs et ingénuùas. Ingéniwn, c'est, comme on le verra, la capacité du bien et du mal. Et ici nous nous trouvons en présence du dogme universel, si souvent démontré par les destinées humaines.

Je ferai , au reste , l'histoire de tous ces mots que j'ai nommés mots témoins , de leurs diverses phases , de leurs significations successives.

Pour mieux comprendre ce que les Latins entendirent par le géniùs de famille , il est bon de se rappeler que les Indiens et les Chinois prennent collectivement une race comme un individu. L enfant céleste, le type de la race , agit dans tous ses successeurs. Les actions des ancêtres et des descendants sont toutes mises sur le compte de ce personnage (pion [jouirait nommer mythique. Nous attachons quelque chose de cette idée à

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