LIVRE TROISIEME
« Orphée s'élance de rocher en rocher; il marche au milieu d'un chaos de ruines entassées. L'apparition s'éloigne à mesure qu'il avance. Enfin elle se glisse au travers des ombres , comme si elle eût été elle-même une ombre, et disparaît dans une grotte profonde. Orphée s'y précipite après elle , et se perd dans les détours d'un vaste et silencieux souterrain, où il n'entend plus d'autre bruit (jue le retentissement de ses pas. Il est entouré d'épaisses ténèbres, il ne sait comment il retrouvera sa route; enfin il se met à jouer de sa lyre et à chanter. Lorsqu'il s'arrête , une voix part des profondeurs de 1 a grotte, et murmure le long des voûtes du souterrain : cette voix était pleine de douceur et de tristesse, comme seraient les derniers accents de la fille la plus belle d'un héros, qui, toute pleine encore de vie et de jeunesse, lutterait en vain contre une mort lente et douloureuse; ou plutôt comme serait l'hymne funèbre d'une vierge résignée, douce et tendre victime, dont le sang innocent va tout-àl'heure arroser un autel funeste.
«Poète divin, disait-elle, que veux-tu de moi? " Laisse, laisse en repos une sibylle inspirée comme «toi, mais à qui tu viens ravir sa puissance. Ah! « ne crois point que je sois un être malfaisant. J'a- « vais reçu le don de l'avenir, mais c'est dans un « ordre de choses qui finit!, et le don de l'avenir se