LIVRE TROISIÈME. ' i
d'eux, ils leur fermèrent l'issue du rivage par des danses. A cette vue, le visage d'Eurydice fut inondé de larmes. Orphée lui dit avec tendresse : « Fille de «Talaon, pourquoi pleures-tu ainsi? Ne t'ai-je pas " promis la destinée la moins paisible? Nous avons « abordé cette île par la volonté des dieux. Les peu- « pies qui Ibabitent ne veulent pas nous laisser par- « tir, mais c'est parceque déjà ils nous aiment; et tf' les dieux leur ont inspiré cet amour, commen- « cément et présage de toutes les sympathies qui « forment l'unité sociale. Achevons notre ouvrage « en prolongeant notre séjour parmi eux. Je voulais « revenir pour leur apprendre à recueillir la mois- «son; eh bien, attendons ici que la moisson ait «couvert les verdoyantes novales, et notre temps « ne sera point inutilement employé. Bientôt nous «pourrons converser avec nos hôtes, eux-mêmes « nous fourniront le moyen de recommencer notre « pénible navigation; car, tu le sais, nos jours ne « doivent pas se perdre dans une molle oisiveté. » Tel fut son discours, mais il souffrait toutes les peines de lame. Son courage domptait à-la-fois ses sentiments et ses inquiétudes.
« Orphée, après avoir enseigné aux Pélasges de
j# la Sàinothrace à semer le blé, leur enseigna l'ait de la parole organisée en langage régulier; puis il
• leur apprit à répéter les chants inspirés par Mjk-
inosync. Les lanj;ucs soiil le lion des iiitellij;eiices liiitiuiines, et créent à leur tour rintelli^ence dans riioninie. lia musique ébranle toutes les facultés |)Our leur donner la vie, et leur ini])rimer le mouvement. Ne croyez pas néanmoins, roi pasteur, que les Samiens fussent entièrement dépourvus de langage; ils avaient conservé, avec une lanj^ue sacrée toute mystérieuse, toute composée de formules inconnues à eux-mêmes, puissantes et terribles, (quelques restes informes d'une lauj^ue primitive qui avait péri, et dont Orpbée retrouva les éléments; car, ainsi <pie vous venez de l'apprendre par l'entretien de la sibylle, à une époque fort reculée dans la nuit des âges, la Samotbrace avait éprouvé d horribles catastrophes, dont le souvenir encore vivant dans de sombres traditions était la seule trace de culte que l'on pût reconnaître. Sur notre malheureuse terre , l'homme est souvent obligé de recommencer le travail de son avancement; souvent il croit apprendre pour la première fois, et il ne fait que se souvenir. Mais le bienfait des instituteurs des peuples est toujours aussi grand. Toujours ils en sont récompensés par fapothéose ; et les dieux , dont ils furent inspirés, confirment les suffrages des peuples.
'< Lorsque le blé fut parvenu à la maturité, Orphée montra aux Pélasges fart de le iccueillir, de le