LIVRE TROISIEME
rait un aif>le planant dans les airs: « C'est peut-être, «disait-il, lame de mon père qui veut finir mon « opprobre en m'cclairant snr mon origine. Auteur "inconnu de ma vie passagère, disait-il encore, " viens-tu verser sur moi les génies de ta race im- " mortelle? Ah ! si j'ai refusé d'aller te consulter à «l'oracle de Leucade, pardonne -moi; tu sais ce « qui m'a détourné de ce dessein. » Mais l'aigle augurai s'enfuyait, et allait se perdre dans le vague azuré du ciel. Eurydice à ce moment douloureux était pleine d'une tristesse infinie.
«Toutefois, lorsque Orphée et Eurydice étaient retirés, ils passaient dans d'aimables entretiens les heures de lexil. Ils parlaient du puissant Talaon et de la charmante Vola. Ils se rappelaient les graves leçons de lun , les douloureuses inquiétudes de l'autre. Ils ne savaient s'ils devaient continuer de vivre ensemble comme un frère et une sœur, ou s'ils pouvaient entrer dans la société conjugale , après y avoir fait entrer les habitants de l'île. Hélas! leurs courses n'étaient point finies, et ils ressemblaient toujours aux oiseaux voyageurs. Cette incertitude de l'avenir, qui existait pour eux seuls, mêlée aux douces alarmes de l'amour, faisait que leur vie mystérieuse ne s'écoulait pas sans de vives «ij^agitations au fond du cœur. Cette tristesse intime incessamment s'augmentait pour Eurydice : c'était
uni! belle j)l;mt(î di-voréc p;ir le soleil du midi. I^llc n'nvnit d'autres ])eiisées (|iie eellcîs dont OrplK'c était l'objet; et elle s'é])aiioiiissait en sa prcsenrc; mais sitôt qu'il s'éloifjuait, on pour se livrer à d'utiles travaux, ou poui- instruire les peuples, elle lan.'juissait à l'éj^al de la fleur du lotos, lorstju'elle cesse d'être bai{;née par la rosée du matin, ou pail'eau de la fontaine. Elle s'étonnait de ce fpic la niusi(|ue, qui peut civiliser les hommes, ne connaît aucun prestige pour tromper les ennuis du cœur. IjOrsque Orphée était au])rès d'elle, c'était comme une joie douloureuse qui lui donnait une sorte d'effroi tout semblable au malheur de l'absence. La lyre elle-même n'avait plus pour la fille de la vision qu un charme difficile à soutenir. Elle demandait l'air de la tempête ; mais l'orage était dans son cœur. Elle demandait les baisers de l'amitié fraternelle; mais il n'était plus au pouvoir d'Orphée de lui donner les baisers de l'amitié fraternelle. Dieux! rendez-lui les anciennes rêveries du premier âj*ye! Faites-lui retrouver les images fantastiques qui naguère se jouaient de sa jeune imagination, et qui du moins ne la troublaient qu'à son insu.
« Orphée, tout occupé de mille grandes pensées, était cependant loin d'être insensible à l'état où il voyait Eurydice. "Ma bien-aimée, lui disait-il, je " me reproche maintenant de t'avoir arrachée à ton