‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 44 sur 189 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

«sol natal. Tu croissais parmi les plantes embau- « mées de ton héritage , et ta vie silencieuse s écou- « lait dans une douce innocence. Pour toute nour- « riture, avec moi, tu n'as le plus souvent c[ue des " fruits sauvages; j'abreuve ton ame de tristes sou- « venirs , et je te laisse en proie aux fantômes de la « nuit. Etre aérien, mystérieux, sacré, qui es toute « une poésie, nymphe charmante, en quelque sorte « délaissée, ne fais-tu point de plainte contre moi ? » «Non, répondait Eurydice, non, je ne me plains « point d'Orphée. Mais, puissant héros, tu es ma « vie même; et moi je suis loin de te suffire. J'envie «et les travaux que tu accomplis, et le bonheur " que tu dispenses à ces peuples; j'envie les accords « de cette lyre qui peuvent changer en hommes les " animaux des forêts, et qui ne peuvent qu'agiter « en vain le cœur de la pauvre jeune fille. Oui , je <( voudrais être seule avec toi , être tout pour toi , « être l'objet de toutes tes pensées, être ton unique "avenir. Je ne puis me le dissimuler, Orphée, il « me seuible que je ne suis point assez toi-même. « Ah ! je ne suis plus la nymphe simplement assoit ciée à tes hauts desseins, je suis une mortelle inic fortunée, perdue dans mille délires nouveaux et « inconnus. L'initiation incomplète de uion père << Talaon pèse sur uioi. Une soif dévorante me con-

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.« siiine; les {p'ains rafraîchissiiiits qui sont enfermes " dans la {grenade généreuse de Koré pourraient i< peut-être étancher ma soif. »

«Ainsi j)arlait Eurydice en roufjissant avec les cliarnies les plus touchants de l'amour et de linnocence: dans son re^yard étaient toutes les in(juiétudes et toutes les félicités de la vie , toutes les craintes et toutes les espérances qu'il nous est donné de concevoir. Ainsi parlait Eurydice, et je ne sais ({uclle terreur secrète, je ne sais quel besoin d'une transformation d'elle-même, anéantissaient le repos de son cœur, détruisaient l'harmonie de ses facultés. Les fêtes riantes et sérieuses de l'hynjen enchantaient à-la-fois et attristaient son imagination. Orphée, qui venait de les instituer, atteint à son tour par cette fascination invincible, et sur-tout ému par les discours d'Eurydice, lui répondait: 'Ame de ma vie, sois-en assurée, tu es tout pour <■ moi. Non seulement tu es ma sœur chérie, tu es ' encore mon épouse bien-aimée. Si les dieux m'ont « inspiré de hauts desseins, ce n'est point une telle «pensée qui peut me séparer de toi. Ah! s'il le « faut, finissons ici nos courses aventureuses. Je vais « chercher sur ma lyre les accords qui peignent "l'amour, car ils y sont aussi bien que ceux de « l'inspiration sociale : et la société conjugale n'est- « elle pas la première de toutes les sociétés humai-

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