LIVRE TROISIÈME
« lies? Je vais donc (aire entendre à Eurydice le « cliant nuptial. Ma vie néanmoins ne s'écoulera « pas dans Foisiveté. Vois ces riva^o;es immenses qui " se déploient devant nous; vois ces îles nombreu- « ses qui s'élèvent du sein des mers; ces rivages et " ces îles seront encore ma conquête. Le blé de «Gérés, la charrue de Triptolème, lart de façon- K ner les métaux avec le feu ravi au ciel par Pro- « méthée , toutes ces choses ne tarderont pas d'être '< de proche en proche le patrimoine de tant de i< nations naissantes. Les Pélasges, instruits par moi, «feront luire par-tout le flambeau de la parole; et " la Samothrace sera comme un phare brillant qui « éclairera au loin les îles et les mers. Oui, bornons « ici nos voyages ; et que la fille de la vision de- « vienne enfin l'épouse véritable de l'orphelin, du «délaissé, du naufragé échappé par elle aux tem- « pêtes. »
« A ces mots, un rayon d'une joie pure vint environner le front d'Eurydice; mais, hélas! ce rayon trompeur était le bandeau de la victime, et non le bandeau de fépouse. Un grand sacrifice était réclamé par la Providence, dispensatrice des biens et des maux; et l'antique Némésis, cette divinité jalouse , gardienne sévère des plus secrètes pensées, des mouvements les plus involontaires du cœur, Némésis venait de se réveiller. Le mystère
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(le iiunt (|ui r<'|)Os;iit tiaiis le nom dOrj)lu'0 étend SCS noires ailes sur la fille nicrvcillcnse de la \\sion, vision véritable, qui ne parut ((u'un instant sur la terre.
« D'une main tremblante, celle qui veut être initiée rc(;oit des mains du poëte le voile tissu par l'épouse d'un Titan : ce voile, emblème d'une science cosmofjonique, descend à lonjjs plis sur le visajje de la vierge; et ses yeux ont peine encore à soutenir la clarté du jour. Elle ouvre en frémissant la pomme de grenade ; les grains vermeils qu'elle renferme brillent à ses yeux d'un doux éclat.
«Orphée, lame oppressée à-la-fois par de funestes pressentiments et par une incomparable tendresse, Orphée, prenant sa lyre, se mit à chanter l'Amour vainqueur du chaos, le lien conjugal, premier lien de toutes les associations humaines , et ces chants disaient avec une sorte de tristesse pleine de charme : « Nous sommes étrangers au milieu de ces « peuples naguère obscurs. Eurydice n'a point de « nobles compagnes qui aient partagé les jeux de «son enfance, qui s'empressent autour d'elle, qui « aillent pour la vierge pure cueillir des fleurs dans <( la prairie. Aucune fille de son âge ne viendra en " folâtrant tresser des guirlandes et des couronnes « pour parer la nouvelle épouse. Nulle femme vénéurable, instruite dans l'austère palingénésie de