LIVRE TROISIÈME
«l'hymen, n'est à ses côtés pour la révéler à la «jeune fille innocente, pour y préparer l'épouse « pudique. Les fêtes dont il est si doux d'envelopper « les soucis d'un chanjjement de destinée, ces fêtes « ne sauraient exister pour nous. Noces où les Par- « ques absentes sont remplacées par les Muses , pour « clore le passé, pour inaugurer l'avenir, noces soli- "taires de deux exilés, soyez notre joie et notre es- « pérance. Ma lyre qui sut vaincre la barbarie, ma « lyre qui put adoucir les mœurs sauvages des liom- « mes sans loi , ma lyre toute seule suffira pour en- « seigner ce que les mères vénérables auraient en- « seigné ; elle suffira pour célébrer et pour voiler les «ravissantes merveilles de l'amour, de la beauté, '( de la pudeur; et les airs qui exhaleront leurs mille «parfums, et les voix harmonieuses des sphères « étoilées qui veillent sur nous, seront toute notre « pompe nuptiale. Rosées fécondes du ciel , tombez « sur les jeunes guérets ; et vous , trésors de l'immor- « talité, soyez confiés au chaste sein de la nouvelle « épouse. Hélas ! hélas ! les félicités sont-elles faites « pour l'homme? La douleur ne sort-elle pas de la « source même des plaisirs? Quel trouble vient obs- « curcir de trop enivrantes espérances? Le bon- « heur accablerait-il donc aussi le cœur de l'homme?* « Pourquoi ce moment est-il à-la-fois si plein de «délices et si plein d'amertume? Eurydice, nous
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«« serions-nous trompés? Ilclas! hélas! j'avais ouMié « les funestes paroles de la sibylle! et voilà <ju'elles «se rejirésentont à ma niénioirc! Repose-toi, ma «lyre, puisque tu ne veux plus que répéter les paie rôles de la sibylKî mourante! »
«<Et pendant qu Orphée chantait, éfjaré encore dans les régions de l'enthousiasme, pendant que sa Ivre, à son insu , prophétisait les larmes, un nuage funeste commençait à peser sur les yeux d'Eurydice; la pâleur de la mort s'avançait graduellement sur le visage touchant de la vierge étonnée, et peu à peu l'incarnat de la pudeur s'enFuyait. D'abord elle crut que les mystères de l'amour devaient sans doute avoir quelque ressemblance avec les mystères de la mort : tant elle avait déjà compris ce qu'il y a de terrible dans les destinées humaines! Mais bientôt elle fut plus éclairée sur les causes de cette anxiété croissante qui s'emparait de tout son être ; elle sentit que la vie se retirait délie, que sa belle existence s'évanouissait comme le songe d'une radieuse aurore de printemps. Elle essaya de porter à sa bouche altérée quelques grains de la pomme de grenade; mais ils touchèrent à peine ses lèvres décolorées. Alors elle écarta de sa tête le voile mystique de l'initiation. «Orphée, dit-elle d'une voix affaiblie, i' i ai voulu te distraire de tes grandes pensées, au « lieu de me borner à les embellir, et à leur donner