LIVRE TROISIÈME
« du charme ; et voilà que les dieux m'en punissent. «Le châtiment n'a pas tardé de suivre la faute; et " la faute peut-être était bien pardonnable. Con- « tinue d'obéir à tes hautes destinées, que je voulais «concentrer sur moi seule; marche à ton noble « but, sans te détourner ni à droite ni à gauche, et « que la douleur ne fasse pas ce qu'allaient faire les «condescendances de l'amour. Pour moi, infor- '< tunée, pour moi qui fus trop jalouse de tes affec- « tions , la mort est dans mon sein ; j'ai été soudaine- « ment pénétrée de son trait fatal ; et déjà je ne suis «plus ton Eurydice, je ne suis plus ni ta sœur « chérie, ni ton épouse sacrée. Hâte-toi , mon bien- «aimé, de donner le dernier baiser du frère, le « premier et dernier baiser de l'époux à la vierge •' qui ne pouvait savoir de toi les secrets divins de " l'épouse. » Eurydice finit de parler, et ses derniers mots n'étaient plus qu'un harmonieux murmure, et elle mourut en recevant le baiser fraternel sur son front virginal , le baiser de l'époux sur ses lèvres intactes. Tel tut, sur les bords d'un fleuve enchanté, un cygne tout éclatant de blancheur; telle est la mort mélodieuse de l'oiseau sans tache, parmi les herbes embaumées du rivage.
« Orphée reste muetd'étonnement et de douleur; son esprit s'abyme dans les profondeurs de ce funeste prodige, et son anie interroge avec une im-
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« Ainsi les chants de l'hymen devinrent à Tiiislanl même des chants de deuil. Le lit nuptial de la vierge lut iiti tomheau. Les Pélasges assistèrent en pleurant aux funérailles d'Eurydice; mais Orphée (|ui vonhit chercher sur sa lyre insj)irée les sons d'un vain désespoir n'y trouva que les sons extati([ues de l'immoitalité et de l'apothéose.
" ()uvrez-\(»us, bairières éternelles, ouviez-vous .. devant celle (jue la mort a frappée en vain! Une '< créature <jui aima, dont la pensée subsiste après « elle , une telle créature peut-elle cesser d'être? Cette « vie de ma vie pourrait-elle être éteinte, et moi con- « tinuer d'exister?Intelligences, ses soeurs, préparez '< un trône de gloire à votre compagne immortelle, «qui apparut un instant sur la terre, qui apparut "SOUS une forme périssable, devenue par elle une « forme divine! Elle est restée pure comuic lune de '<vous! Qu'elle entre de suite avec vous dans les " chœurs des danses célestes! Elle est sans tache, et «« le beau vêtement qu'elle vient de quitter est sans «tache comme elle! Les hommes ont entendu sa « voix, mais sa voix seulement, cette voix qui savait « leur faire comprendre une autre patrie, la patrie « d'où cette divine étrangère était venue, et où elle « devait sitôt retourner ! Ah ! plus que les autres