LIVRE QUATRIÈME
« vales, des moissons jaunissantes, des prairies em- « bauniées, remplaceront ces tristes forêts, ces bois « terribles que l'incendie dévore. Les dieux de la « superstition et de la peur fuiront aussi ces retraites « profondes , restées jusqu'à présent inaccessibles « aux rejjards du jour. Les dieux sans nom doivent « être remplacés par des divinités qui auront un «nom. La sombre horreur, l'obscurité immense, " n'auront plus d'asi'ie. »
" Ainsi me parlait Orphée, et la multitude in- « quiète se pressait autour de nous, en poussant de «< plaintives clameurs. Elle ne put être, encore une « fois , calmée que par la lyre divine. Nous mar- « chons quelques instants au milieu d'elle , et nous « ne la quittons que pour lui laisser le soin de cher- « cher sa subsistance ordinaire , nourriture misé- « rable dont elle se contentera jusqu'à l'accomplisse- « ment des promesses.
« Ensuite Orphée m'entraîna de nouveau sur la « colline. J'y demeurai trois jours livré à ses doctes « entretiens , à ses sublimes instructions. De temps «< en teyips d'harmonieux concerts calmaient l'agi- « tation des peuples, en leur apprenant que nous « ne les avions pas délaissés.
•< Orphée prolongea son séjour parmi nous une «année tout entière; et cette année ne fut qu'une « suite non interroiiqjue de prodiges. Il nous apprit
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» succcssiveincnt lait tic se vêtir, celui de se inetlic «à Tabii contre rintcnipérie des saisons, celui cu- « Un dajjprivoiser les animaux doniesti(|ncs. l'iiis « il nous enseijjna peu à j)eu cette lanj;ue des Ilcl- «lénesqui devait remplacer le lanj;a{ife grossier et « inarticulé des Pélasges, reste impai l'ait d une lan- « gue antérieure qui ne pouvait plus su (lire à nos « nouveaux besoins, aux libres développements de « rintelli{;euce.
« Il fonda les institutions (jui nous ré|;issent. 11 «manqua les sijjnes dans le ciel, et leurs rapports « avec nos travaux sur la terre. Il nous raconta <« Ihistoire des anciens jours. Il nous donna en «même temps la religion des tondjcaux, la reli- « gion des mariages , la famille , le passé et Ta- « venir. »
«Ici, vénérable Évandre, OEagrius ne craignit pas d'entrer avec moi dans tous les détails d'une législation rude et restreinte, qui ne pourrait vous offrir aucun enseignement profitable; je m'abstiendrai de vous les faiie connaître. On vous a dit sans doute qu Orpbée avait apporté dans cette contrée le culte de Bacchus, c'est-à-dire le culte du principe actif de l'univers, comme Gérés en est le principe passif. Bacchus est le dieu de l'émancipation plébéienne; dans ses courses civilisatrices il allait promettant à tous l'isopolitie et l'isonomie. Je pourrais