LIVRE QUATRIEME
« barbares; c'est ainsi du moins <|ue j'en ai toujouis " entendu raconter l'oriaitte inscrutable; nous leur « devons les expressions vouées, les mots qui ont un " sens inconnu , les formules puissantes et irrésis- " tibles; nous leur devons enfin tout ce qui annonce « les comnumications de l'homme avec la Divinité, " tout ce qui mérite le respect ou commande la « terreur. Ma curiosité sur des sujets si importants '< est loin d'eHre satisfaite par tout ce que vous me « dites de la Thrace. «
"Vous avez raison, irréprochable Evandre, ré- '< pond Thamyris, de trouver insuffisantes les choses « qu'Œajjrius a consenti à me dévoiler. Toutefois « n'ayez point trop d'impatience ; plus tard vous » recevrez la lumière que vous desirez. Qu'il me '; suffise quant à présent de vous répéter que nul " coin de terre ne fut jamais sans tradition, et ([u'é- " veiller l'intelligence , c'est réveiller la mémoire. " D ailleurs Orphée n'avait point vu les pyramides " lorsqu'il institua la Thrace. Je vais donc continuer " mon récit. »
«Pendant (pie j'étais chez OEagrius, un peuple >oisin se jeta sur les moissons, et les ravagea; c'était comme un peuple de bêtes féroces. 11 dévorait encore la chair crue, et se nourrissait de {;land. 11 venait des Ibrêts de la Chaonie. Les Thraces désolés
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(l une calamité si cnuîllc, (|iii menaçait d ariéandi- Us liuits (Je; Icnis travaui|^la loii{^;uc attente: dune année, se réunirent autour de leur roi en poussant des cris de venj^eancc et d'extermination. " Trai- '< tons-lcs, disaient-ils, à Téjjal des animaux dont ils " ont conservé toutes les mœurs farouches. » « Sans « doute, répondit OI'^af]frius, il faut mettre un ternie «à de telles calamités; sans doute il faut (pie les "Sueurs du travail n'arrosent pas inutilement la « terre : c est bien assez de l'incertitude des saisons. «Orphée m'a enseigné la nécessité de la guerre, '< mais il m'a enseigné en même temps l'humanité. « Souvenez-vous donc, souvenez-vous que naguère « vous ressembliez à ces hommes : comme eux , vous "déchiriez la chair crue; comme eux, vous tiriez « votre nourriture du fruit du chêne. Vous aussi , "VOUS avez été amazones, et vous n'êtes encore « qu'arimaspes, puisque vous ne savez voir qu'avec " un œil : veuillent les dieux que vous deveniez un « peuple complet, un peuple doué de tous ses or- «ganes! Souvenez-vous enfin depuis combien peu " d'années vous avez recueilli votre première mois- " son. Souvenez-vous encore d'un événement bien « plus récent. Les fléaux du ciel, les débordements " des fleuves, n'ont-ils pas anéanti l'année dernière « la moisson qui faisait votre espoir? On eût dit que «les éléments conjurés voulaient reconquérir leur