TOME IV. "^W
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liaiulu lie la loi criull(M|ui lui lut iiiijjosce. Mais il 110 jH'iit siij>p<)rtcr le j)oi(lstlo ce nioincnt trop rempli de déliées, l^éja un erépiiseule douteux eoinniençiità remplacer I obscurité immense; un rayon de pâle lumière, ({ui vint flotter autour de ses yeux, lui fit oublier le passé et ravenir : ce n'était pas une lueur trompeuse, c'était bien nn rayon détache de la clarté du jour; la manpiedcson salut devint le signe de sa perte. Ainsi donc il touchait au seuil qui sépare l'empire des morts du séjour des vivants, lors(jn'il s'arrêta involontairement pour jeter nn regard d'amour sur l'épouse qui lui était rendue, hélas! rendue et ravie à-la-fois. Si du moins il eût eu le temps de soulever le voile qui retombait sur le visage d'Eurydice! Mais c'était à une moindre infraction que tenait son destin. Alors le pacte fut rompu , et le tyran des morts reprit ses droits; alors toutes les voûtes de l'Averne retentirent, dans leurs vastes profondeurs, d'un long gémissement; alors les supplices des coupables , qui avaient été sus- })endus , reprirent une activité nouvelle; alors le terrible gardien des demeures désolées poussa d'affreux gémissements. Eurydice, exhalant à peine un dernier adieu , s évanouit comme un songe vain ; sa plainte , semblable au léger frémissement d'une feuille qu'agiterait le vent du matin, sa plainte ne fut qu'un faible et doux murmure, et sa fuite au
travers des ombres ne laissa point de trace après elle. Orphée , le malheureux Orphée , repoussé par la puissance de la mort, revint seul sur la terre. Dès cet instant affreux, plus de concerts même funèbres , et cependant ils eussent calmé son désespoir; son luth harmonieux dédaignait jusqu'aux sons de la douleur ; sa triste voix, se refusant même aux paroles qui peignent le mieux les ennuis des mortels, pour toute expression de ses chagrins amers , ne conserva que le nom de sa chère Eurydice. Il errait inconsolable sur les bords de rilébre, parmi les glaces hyperborées , au sein des solitudes les plus sauvages. Insensible désormais à l'amour, eh! qu est-il besoin de le dire? insensible aux distractions que présentent et le spectacle toujours nouveau de la nature , et les scènes variées de la société des hommes , il traîne seul sa déplorable vie , ignorant et les heures du jour et les heures de la nuit. LesMénades qui, dans leurs fêtes orgiques, crurent pouvoir le ramener au charme de l'existence, et verser dans son ame un peu de ces doux oublis qui endorment les peines, les Ménades, irritées à la fin de ses dédains implacables, limmolèrent à leur jalouse fureur. «Muses de l'OEnotrie, disait Pallas,
« oseriez-vous essayer de rendre les derniers accents
« d'Orphée? »
Tliamyris, souriant avec bonté, applaudit aux
MX, oupiiKi:.
chants de Pallas : ils seront embellis un jour j)ar celui que l'on nommera si justement le eyj;ne de Mantoue, et par le poète inj^énieux de Sulmone. Ainsi se forment et s'accréditent les aimables fictions, car les fictions de la poésie ne sont pas de vains menson{;es; elles sont vraies, en cela quelles sont fondées sur les plus nobles facultés de Thomme; elles sont vraies encore, en ce quelles sont une juste et vive image de la vérité même, un emblème animé de ce qui est : la vérité seule triomphe du temps.
Toutefois Thamyris ne voulut pas laisser ip^norer à Évandre combien il trouvait que la fantaisie avait déjà voilé du reflet de ses brillantes couleurs les poétiques aventures d'Orphée. Quel est cet Aristée qui s'efforce de ravir Eurydice? N'est-ce pas le droit inexorable qui cherche à dominer la justice reposant sur l'égalité , ou , en d'autres termes , l^ patriciat qui veut ranger le plébéianisme sous son empire indissoluble? Aristée n'est-il pas un héros italicjuc, le vir dont le droit repose sur la force? Que fut Actéon, fils d'Aristée? On dit que pour se délivrer de la poursuite de ses chiens, ignoble emblème de ses clients révoltés , il dut se regarder dans la fontaine. N'est-ce point là une première promulgation de cette fameuse sentence, à l'usage des hommes et des peuples: «Connais-toi toi-même? » Le taureau
d'Aristée, qui produit la ruche, imaoe et type d'une société humaine, ce taureau que Pallas a passé sous silence, n est-il pas ce qu'ici vous avez nommé le mundùs, ou le sillon sacré de la cité? et les abeilles ne représentent-elles pas les patriciens formant la cité primitive? Cette peau féconde du taureau ne serait-elle pas alors cette outre de l'éternité , si célèbre dans les histoires antiques , l'éternité promise aux sociétés humaines? Les chants de Pallas ne disent rien des deux cordes ajoutées par Orphée à sa lyre , et qu'il est oblif>é de couper dans les Enfers. Cependant c'est toute une doctrine. Et cette descente aux Enfers , qu'est-elle? N'eut-elle pas pour but de visiter les Cabires, et d'apprendre d'eux le mystère profond du connubiùm? Le mariage et la cité sont une seule et même chose : la glèbe , qui est la propriété, les grains, qui sont le mariage, sont enfouis en même temps dans le sillon , dans le mundùs. Eurydice avait goûté les grains de Koré ou Proserpine, la vierge ineffable, et elle ne put revoir la douce lumière du soleil: ces grains sont, chez les Grecs, ceux de la grenade; chez les Latins, ceux du pavot. N'est-ce pas Orphée qui a institué la trêve des peines, première victoire de l'humanité? Quant à cette tradition d'Orphée déchiré par les Ménades, il faut savoir quelles s'étaient emparées des armes laissées par les viri , pendant qu'ils
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s('îifr('((Mi;ii(ii( avec le lirros; il liiut savoir ([uOrnlicc liii-niciijc avait clianir liacclius déchirr aussi par les {|éants. Les Mrnadcs ne seraient-elles ])()iiit un einblèiiic plébéien? Dans la pensée (VOrpliée, Bacchus, Tinitiatcur, ne devait-il pas périr par les mains des (;éants initiés? Nous le saurons par la suite. "Mais, ajouta le divin Thaniyris, l'innocent uPallas, ([ui ne connaît point le secret sur lequel «repose l'initiation sacrée du connubiùm, n'a pu «nous dire, ni (jnelle fut la loi imposée par le " sévère Dis à Orpbée, ni quelle fut la véritable in- « fraction du héros. »
Au moment où Tbamyris explique les chants de Pallas, trois virae, mâles sibylles, se présentent. VAles ne comptent leur âj>e , ni par le cours et le décours des lunes , ni par les vicissitudes des saisons, ni par les révolutions du soleil. Elles ont vécu sur la terre un cycle inconnu , et elles n'ont point vieilli à l'égal des autres mortelles. Leur taille est imposante; une généreuse majesté respire dans tous leurs traits. Ces trois virae sont Carmenta, mère d'Kvandre, Pallatia, dont on ne raconte point la génération , la sœur innommée de Cacus. Gardiennes des religions terribles, en dehors des dispositions législatives, elles chantent les divinités que vénèrent les dieux , la Vesta des dieux , et enfin
le Destin des dieux. Les lois reli{]ieuses qui font courber le front des hommes ne seraient-elles qu'une imitation des lois religieuses qui gouvernent les dieux? Le serment par les fontaines pérennes ne serait-il qu'une imitation du serment par le Styx? Les cités des mortels seraient-elles fondées sur le modèle de la cité de l'Olympe? N'y a-t-il pas plusieurs sortes d'asile, selon la nature des réfugiés? Les opes, qui peuvent faillir, mais qui ne peuvent être punis ; les inopès qui ne peuvent faillir, puisqu'ils sont privés de la capacité du bien et du mal, ne doivent-ils pas être requs dans des asiles différents? Les virae dédaignèrent de s'expliquer davantage, et, semblables à une apparition qui tiendrait du vertige , elles se retirèrent.
Évandre voulut alors conseiller à Tliamyris d'aller dans les montagnes de la Sabine. « La Sabine , lui «dit-il, est une contrée où l'on retrouve les doc- « trines antiques de la Scytliie. Un jeune enfant, né « d'une vira latine , dirigera vos pas. Il sera non u seulement votre g uide , mais encore votre casmilôs , « votre condominùs. Lorsque vous vous présenterez, « vous le placerez sur vos épaules ; il chantera pour «vous en vers saturnins les théogonies salicnncs, « et vous serez i^eçu dans les sanctuaires. C'est sans «doute parceque vous n'aviez pas d'hérès, qu'il « vous a été refusé de pénétrer toute riiiitiatioii qui
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«( vous eût ctc (lue. ( )ri()ii recouvra la \ ne en niai- .. eliaut contre le soleil lorsqu'il se lève. Thamyris, .< ne pouvez-vous pas espérer la même faveur? »
Telles furent les circonstances ([ui accoiupa(jnèrent les chants de Pallas. Ainsi , ([uoi((ue colorés paiune brillante fantaisie, ces chants contiennent des traditions vraies. Les récits de Thamyris, lorsrpi'il nous les fera entendre, seront d'autres traditions éj'jalement vraies; on y trouvera les mêmes laits réfléchis par d'autres langues, revêtus d'autres formes par des imaginations différentes. L'écho part d'un rocher : on s'approche du rocher, et le son refuse de se faire entendre. Une magie inconnue crée dans les airs une contrée fantastirpie, j)leine de frais ombrages et de verdoyantes prairies : on s'approche du paysage aérien, et Ton ne trouve (ju'un désert. Les choses se déplacent, subissent des transformations; mais, pour se déplacer, pour subir des transformations, il faut que les choses soient. Les origines, quoique reculées dans les profondeurs du mystère, n'en sont pas moins des origines. Souvent une cause ne nous est révélée que par ses effets, comme la pensée, par l'acte (|u'clle produit; néanmoins l'effet peut ne pas ressemblera la cause, ainsi que l'acte peut différer de la pensée. De plus, les diverses races humaines ont chacune leurs formes de réalisation, rendues vivantes par
le génie qui réside en elles, et que Dieu leur a données en signes de son alliance. C'est la chaîne d'or attachée au trône de l'éternelle vérité. C'est la chaîne d'or et d'électre qui unit les Gaulois entre eux et à leur chef Ogmiùs. Thamyris racontera donc ce qu'il sait, même les traditions contradictoires : qu'importe? il sortira toujours de ses récits la vérité, c'est-à-dire cette grande renommée d'Orphée, pour qui la postérité exista dès le commencement , et qui doit remplir l'univers ; il en sortira la puissance de ce nom, qui sera lui seul un législateur, et qui traversera les générations et les siècles. Et n'est-ce pas cet ensemble qui est toute la vérité? C'est , au reste , la forme d'initiation qui fut choisie pour instruire le vieil Evandre de ce qu'il devait savoir.
Pendant que Thamyris revêtira de poésie les leçons de la sagesse , dans le palais phéacien du dernier roi pasteur, déjà linfortunée sœur de Didon, jetée par la tempête à l'embouchure du Tibre, dans ces lieux où elle doit avoir un jour des autels, errera non loin des collines du Latium , et apportera, pour premier gage des destinées nouvelles, les imprécations d'une reine mourante. Un grand empire vient de s'écrouler en Asie, un autre empire va s'élever sur la terre si long-temps ignorée de
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Saturne, jioiir peser dans raveiiir sur le monde entier. Tliamyris dira des aventures paeifi(|ues, enfouira dans un sillon douloureux le {jernie léeond de doetrines harmonieuses; et, au même instant, des bruits inaccoutumés de guerre, troublant d'avance le repos de cette heureuse portion de l'Euxouie, annonceront dij^nement les destinées de Rome future. .Tanus, antique divinité de ces peuples, frémit dans son boea{]^e sacré, où un simple tronc d'arbre est l'autel modeste qui re(joit les offrandes champêtres , les herljcs et les Heurs offertes par les chefs des peuples. Le Numicùs se réveille avec inquiétude sur son lit de roseaux, et remue en frémissant la vase de ses eaux profondes. Les prêtres des religions cruelles demandent si de tels pressentiments n'annoncent pas que , par l'abolition des sacrifices humains, la terre de Saturne a été soustraite à une rançon léj^itime. L'illustre Carmenta parle dex))iations. Et cependant le ciel se prononce. Les dieux vieillis de la contrée se retirent pour faire place aux dieux de Perfjame vaincu. Le dieu 'Terme et Juventùs restent seuls immobiles; nulle puissance ne pouira les déplacer sur le Ca pi tôle. Voici donc quEnée peut s'avancer sur le dos des mers, apjiortant d'une main ses pénates fufjitifs, de fautre, le {jlaive des combats. Le père de la race romaine n'aura touché au rivage (|ui lui est donné j)ar les
dieux, qu'après avoir fait verser les premières larmes de Cartilage.
Évandre, dont le réfjne et la race vont finir, Evandre n'aura pas en vain recueilli les enseignements de Thamyris. Le germe fécond s'en développera successivement. C'est par ces instructions, restées vivantes, que la nymphe Égérie , à son tour, inspirera Numa. Le génie d'une législation morale existe toujours avant d'être réalisé par les lois, comme la pensée, avant d'être manifestée par la parole. Et qui sait si les livres sibyllins qui ne furent jamais consultés sans fruit, tant qu'ils subsistèrent, qui sait s'ils n'étaient pas dépositaires des préceptes légués par Evandre?
Et toutefois souvenons-nous qu'Orphée, dans la suite, fut honoré par une statue élevée sur une des collines de Rome. Elle a subsisté plusieurs siècles, en regard de celle de Prométhée.
Il nous reste maintenant à écouter les récits initiateurs de Thamyris.
ORPHÉE