‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 71 sur 189 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

paravant que les hommes et les lieux aient des noms ; car quel que doive être votre étonuement, sageEvandre, je ne puis vous le taire, OEagrius était encore le seul qui eût un nom , le seul dont le père eût un tombeau. Les Titans n avaient laissé de noms que là où était marquée l'empreinte de leurs pas puissants. « Le roi barbare vit le désavantage de ses troupes. «C'en est fait, me dit-il, si nous ne parvenons à « rendre le courage à nos Thraces, amollis déjà par « de si rudes ébauches de société, amollis sans être « domptés. Si nos brutes ennemis savaient ce qu'est «la victoire, la victoire serait à eux, et la société " naissante serait étouffée dans son grossier berceau. « Heureusement pour nous , ils n'ont pas des yeux " pour voir, des oreilles pour entendre. Cherchez, « Thamyris , sur la lyre d'Orphée, les nombres qui « raniment le courage des hommes ; ce n'est pas « le moment d'inspirer de pacifiques émotions. Faites " triompher la force intelligente sur la force aveu- « gle. » QEagrius ignorait que même Hercule enfant ne peut être dévoré par des couleuvres ; il ignorait que la victoire, qu'elle se fût trouvée du côté de la force intelligente ou du côté de la force aveugle, toujours eût créé un peuple. Toutefois j'obéis au roi barbare. Ces sons merveilleux, quoique produits à l'insu de ma faible science, opèrent un double prodige. TiBS Thraces prirent une attitude menaçante,

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(Ml UKiiK" U:iiij)S i[nc loiirs (niiicmis sciitaicnf nn ascciuhiiit «pii 1rs floniiiiail. TiOS ('hMiioiits se calment, 1 obscurité iinmciisc se re|)iie comme un voile, la lumière du soleil vient éclairer le triomphe de la civilisation. Dès-lors le combat ne fut pas lonj^ à se décider. OEagrius, réprimant la sauva^^e fureur de ses arimaspes, fit cesser le carnajre. 11 laissa les victimes échapper par une fuite en désoidre. Il se contenta d'emmener quelques captifs, dont il protéf^ea la vie avec mille peines. Il ajpssait ainsi par les conseils d'Orphée. Il soi{]na l'esprit grossier de ces captifs pour leur faire comprendre un peu la dignité humaine. Je secondai les soins du vainqueur bienfaisant, à l'égard de mortels destinés à devenir des hommes. Ils virent travailler la terre, ils virent de touchantes funérailles , ils furent présents à de saints mariages. Ils reçurent une nourriture qui flattait leur goût. Ceux qui , par la suite, voulurent retourner au milieu des leurs , en eurent la liberté. Il leur fut recommandé, pour toute rançon, de raconter les prodiges et les bienfaits de la vie sociale. Il n'y avait point de pacte à faire, car le droit des gens n'existait pas en fait, il reposait dans un sentiment confus de l'humanité. L'éducation providentielle des hordes indomptées commença par le retour des captifs. Ces peuples étonnés trouvèrent d'abord indigne de l'homme de ne pas tout attendre de la

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