LIVRE QUATRIÈME
force. «La nourriture, disaient-ils, ne nous man- « que point dans les forêts ; les animaux finissent « toujours par succomber sous nos bras. » Ils ne sentaient pas que déjà c'était un pro{>rès que de contester les avantages d'une vie nouvelle. « Du moins, « leur dit-on , acceptez les flèches qui assurent la « victoire sur les animaux. » Ils commencèrent par recevoir les flèches ; puis ils consentirent à dompter les taureaux , à labourer la terre, à faire des meules pour broyer le blé , à manger du pain rendu savoureux par le levain et la cuisson , à se servir encore du feu pour façonner les métaux , et pour préparer quelques uns de leurs aliments. Bientôt ces peuples, que nous appelions sauvages, par opposition avec les Thraces , ces peuples sans noms , et qui habitaient des lieux sans noms, se confondirent avec les Odrysiens eux-mêmes; leurs montagnes, leurs collines, leurs forêts, leurs rivières, et leurs fontaines, reçurent des noms, en même temps qu'ils reconnurent Dieu , sous divers noms. Les hommes aussi eurent chacun leur nom , pour se distinguer les uns des autres. Ce n'est qu'avec un nom que l'homme peut espérer de vivre dans la mémoire des hommes ; ce n'est que par un nom qu'il peut avoir un père et des enfants: le nom du patron devient celui du cHent, qui brille d'un éclat emprunté; le nom du maître devient celui de l'esclave, qui est
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iiwc chose et non une personne. Il liiiit des noms nu\ chants des j)oëtes.
«Les TeUliines avaient découvert le fer et l'airain, (juils tiraient des entrailles de la terre. Les (>yclopes de lieninos ne tardèrent pas de fournir des armes plus perfectionnées aux différents peuples de la Thrace, réunis sous les mêmes lois, soumis au même pouvoii-. D'abord on n'avait connu <|ne des {^laives aigus, des dards acérés; mais bientôt ils firent de fortes cuirasses, des casques biillants, de larj^cs boucliers. Les arts de la {juerre et les arts du labouraj^e faisaient des progrès égaux, car tout marche en même temps, et le monde est civilisé également par l'agriculture et par la guerre. Le commerce à son tour, selon les promesses d Orphée, contribuera aussi à étendre toutes les conquêtes de l'intelligence humaine; et l'industrie achèvera de propager et de perfectionner les arts de la paix. Orphée, vous le savez, Évandre, monta le navire Argo : l'expédrtion de Colchos ouvrit un nouveau monde. Mais je ne vous entretiendrai point, roi pasteur, de cette expédition aventureuse, dont Jason fut le chef , et (jui tient à un autre ordre de choses. D'ailleurs plus d'un récit en est parvenu jusqu'à vous.
"Maintenant, Evandre, je dois vous faire une remarque imporUmte. D'après tout ce que je viens