LIVRE QUATRIÈME
de vous dire, vous comprenez que dans la Thrace il n'y a point de ces hommes nommés héros par les peuples; et, vous le savez, ceux que nous appelons héros sont ceux qu ici vous appelez opes ou viri. Cest ainsi , fils prudent de la thyade, que les Grecs et les Latins n'emploient pas les mêmes mots pour exprimer des choses semhlahles, et c'est ce qui doit faire quelquefois pour vous la confusion de mes discours. Orphée donc ne voulut point établir la distinction des âmes esclaves , des âmes hostès , des âmes opes. Quoiqu'il eût appris sans doute de Talaon que dans flnde les classes et même les sexes sont séparés par la différence des langues, il donnait à tous le privilège de la naissance, c'est-à-dire il établissait pour tous la sainteté des mariages. La guerre fait les esclaves; l'asile fait les serfs. Orphée n'établit point d'asile, et jamais il ne considéra la guerre que comme un moyen de civilisation. Il voulait que l'éclatante lumière de Phanès éclairât tous les hommes. Les noms qui désignaient quel- ({ues régions de l'âpre sol de la Thrace étaient des noms imposés par les Titans durant leur règne cosmogonique; les lieux qui n'avaient pas été foulés par les pieds des Titans étaient restés innommés. L'union conjugale donna un nom humain aux personnes et aux lieux. Par-tout ailleurs finiposition des noms a commencé par les espaces du
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ciel, (jui ctiront des liinitos avant les contrées de la terre. Cetre clioré{^,rapliie sacrée, (|ui ntiil la terre an ciel, manqne également à hri'hrace. Ainsi donc Oipliéc, qni n'avait point reçu de Talaon la {;iébe, mais seulement la semence, ne put fixer la propriété sur une base immuable; il ne put faire des Odrysiens un peuple-fundùs. Ainsi donc encore il ninstitua point la fête de la naissance, cette fête qui est celle de l'ortùs, si célèbre parmi les nations latines, et qui suppose les classes, la propriété incommunicable en faveur de quelques uns , le lit nuptial identique avec la propriété. Orpbée ne croyait qu'à nne seule essence bumaine. Tout ceci, je le vois, excite en vous un étonnement profond; mais, je dois vous le dire, c'est la cause à laquelle on a attribué le peu de progrès des Odrysiens dans la société; ils ne sortiront pas, dit-on, d'un état de demi-barbarie. Ils pourront avoir des villes, mais on croit qu'ils n'auront jamais de cités. L'outre de l'éternité leur manque. Ils ne connaissent point les rites du sulcùs primigeniùs. Sans ortùs, sans droit de famille, ils seront toujours hostiques, et leur religion sera une religion toute plébéienne. Enfin ils n'ont pas passé par l'initiation de Saturne et de Rliée; ils sont arrivés de suite à celle de Bacclius et de Gérés. Le cruel Ares , redoutable arbitre des combats, celui que vous nommez Mars, telle est,