LIVRE CINQUIÈME
« t'inspirer aucune pitié, tu méprises une ménade, "tu voudrais que je fusse vouée aux muses, que «j'eusse été élevée dans leur noble culte. Poëte " divin, pourquoi me punirais-tu du crime de ma « mère? »
« Alors Orphée, s inclinant sur la ménade, et la contemplant avec une tendresse toute paternelle: "Ma fille, lui dit-il, ne crois pas que je dédaigne " une ménade vouée au culte de Bromius, ne crois « pas que je condamne ta mère pour y avoir con- " sacré la belle nymphe dont je cause involontaire- " ment la peine. Mais, je te l'ai dit, une seule femme " a pu être à-la-fois et nia^ sœur vénérée et mon « épouse mystique. Cette femme fut pour moi la " vision des dieux; pour les autres elle fut la gué- >' rison des maux. Elle est apparue sur la terre à-la- X fois pour éprouver et pour purifier. Elle a mis en " moi des sentiments que les dieux voulaient sans « doute qui y fussent. Elle a donné la vie à mes " propres pensées. Quand j'ai été ce que je devais " être, elle m'a été ravie : c'était tout ce qu'il lui "était donné d'accomplir. Ah! si tu m'étais ap- " parue dans la tempête, comme elle m'est apparue " pour la première fois, croirais-tu que tu eusses " servi les dieux dans le même dessein? Quoi qu'il "en soit, Erigone, toute finspiration est en moi; " maintenant nulle créature humaine ne peut rien
■2^2 onniKi:.
- me i«\»'k'r. Il liuit (jnc \v vojjiu; seul sur lOct'iiii ilii nioiulo. INloM ((ii'in- est un saiictiinirc d'où le « soiiNciiir iIEurydiic iic tloit j)lus soilir pour cLr(' '< remplacé pai- aucune affection «pii puisse m'en ' distraire. »
« l'Lri{;one à ces mots verse un torrent de larmes, t't Orphée, ému dune uia^uaniuie comjiassiou , pleure avec la uu'uade infortunée. Puis d'une voix entrecoupée de sanjjlots elle dit : « Oui, je t'ai com- « pris, je sais ce que fut la jfilie de la vision ; je sais '< que tu dois en conserver rcli{}ieusenjent le souve- '< uir. Laisse-moi dans ma solitude et dans ma mi- « sère.Mais tu ne seras jias remplacé non plus dans « mon cœur. Non, Orphée, nul ne dormira sur la «couche parfumée que je te destinais. Continue, " poëte divin, de travailler à la pénible tâche i[ue << tu t'es imposée. Tu ne peux être arrêté dans ta « carrière glorieuse par une pauvre ménade. Ah ! j(; « m'accoutumerai à ma solitnde; ton imap^e pourra " m'y suivre, puisque aucun obstacle terrestre ne « sera entre nous. Une seule grâce, Orphée, fais-moi " entendre les chants qui contiennent les leçous de " la sagesse. »
«Alors Orphée, s'asseyant auprès de la ménade, entonna un hymne dont voici la grande et noble pensée: Intelligences humaines, non, vous ne seriez pas assez vastes pour concevoir toute la Dix i-