LIVRE CINQUIÈME
variées, ressemblait à ces troupeaux de ti^ics et (le panthères qui accompagnent Baccbus dans ses courses bienfaisantes, dans ses l)rillantes excursions, dans ses conquêtes civilisatrices. Le sentiment du bien et du beau pénétra dans la plupart des ménades. Les cordes brisées et rétablies delà lyre, consonnantes aux autres cordes, enseignaient la dignité humaine, fondée sur la conviction d'une essence unique. Toutefois de tels prodiges ne pouvaient être opérés que par la main inspirée du poëtc luimême.
« Cependant Orphée partit. Un jour on vit un léger esquif sur la mer orageuse; on entendait de doux accents : c'était Orphée qui , seul , s'abandonnait à la providence des flots. Les peuples réunis sur la plage poussaient des cris d'admiration. Erigone, assise à l'écart, versait des larmes amères. Elle recueillait dans son ame les sons ravissants qui partaient de la barque. Et c'était bien à elle en effet, plutôt qu'à la foule des peuples, que les chants du poëte étaient adressés; car c'était de ces accents qui ont le pouvoir d'apaiser les flots , et de tempérer les rigueurs des mânes. Il voulut écarter un instant de sa pensée le souvenir d'Eurydice, pour mieux calmer Érigone, pour mieux conjurer le malheur. Mais la ménade éprouva encore une fois que nul chant ne peut suspendre les peines de l'amour. Hélas! fhepta-
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toicli' , t[ui rtiiit rostc ciilrcscs in;iiiis, cl (|iii (''(;iil un {;n,",c si |>r('<Mciixdcl;i foiidiosso (oiiUî j);iI(mii('II('(I Orplici", (iail en mémo tcniips pour 1;i viiM{;(; malliciircusc un triste témoi{^na{;e de son iiilériorité. Loii{;lemps encore IVchitant iMiauès de IV'ifalité éblouira les yeux sans les éclairer. Ti'avancement des destinées humaines est au prix d initiations lentes, successives, mesurées.
«Depuis ce jour, on vit la ménade inconsolable fuir ses compaf;nes, errer dans la solitude. Quelquefois on l'apercevait tout-à-conj), lé(yc)'e comme une biche, mais connue une biclie blessée, disj)araissant au fond des forêts; f[uel([uefois suspendue sur des abymes, sautant de rocher en rocher, franchissant les bruyantes cascades; quelquefois encore elle s arrêtait au milieu des vastes bruyères , pour essayer les chants mélancoliques d'Olen de Lycie, les chants glorieux de Linus, qu'Orphée lui avait enseignés. Elle vantait les charmes et les félicités d'Eurydice. Souvent on l'entendit entonner un hymne àBacchus, et cet hymne, sur ses lèvres ardentes, devenait un brillant épithalame.
« Triomphateur de l'Inde, Bacchus, divinité puisci santé, viens assister à la noce de ton heureuse «prétresse, car tu n'interdis pas fhymen aux mé- « nades. Tes prêtresses ne sont pas déshéritées des (I biens de la vie. Viens consoler celles (|ui sont dé-