LIVRE CINQUIÈME
ter sans peine sitôt qu'elle a eu franchi le seuil redouté de la vie. Elle va se mêler aux chœurs de 1 Elysée, et nulle corde de la lyre divine ne se brisera sous ses doifjts. Ainsi donc ceux qui sont entrés dans la route continuent d y marcher lorsqu'ils ont déposé leur vêtement terrestre ; et les destinées humaines toujours finissent de s'achever dans une autre vie.
« Les ménades menèrent un grand deuil autour du tombeau de leur belle compapfue, morte à la fleur de ses ans, et frappée d'une blessure incurable, d'une blessure que tous les dictâmes de la terre ne pouvaient apaiser. Les ménades chantèrent des hymnes, puis, emportées à-la-fois par leur douleur et par la vive expression de leur douleur, elles devinrent furieuses, et formèrent le projet de venger les dédains d'Orphée. Mais il ne leur sera pas donné d'accomplir ce dessein insensé. Elles instituèrent une fête anniversaire pour la mort prématurée de leur compagne malheureuse. Dans cette fête lugubre, maintenant, à ce que j'ai appris depuis, elles poussent de terribles gémissements. Avec leurs thyrses, elles figurent Orphée, Orphée déchiré, et jeté dans l'Hébre. Malheur alors au téméraire qui viendrait troubler de pareilles cérémonies! il subirait le sort d'Orphée. Même on dit que les exemples n'en sont pas lares. l']nsuitc elles
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se livi'cnt à triticroyahlcs lamentations j)()nr déplorer ce meurtre. Elles elierclicnt la {jraiide et noble victime pour lui donner une sépulture honorable, et le nom d'Eurydice retentit le lon{j des rives de lllèbre. Elles ne sapaisent que par les hymnes de Tapotliéose. Telles sont donc les renommées qui vivent parmi les peuples! Ainsi la malédiction et la louan(je s'attachent au même nom, dans le même temps et dans la même contrée. Orphée continue ses brillants travaux comme si sa };loire était insensible à-la-fois à la louang^c et à la malédiction.
« Mais sachez une chose , vénérable Évandre , sans doute Orphée eût dû périr par les mains des ménades, s'il lui eût été donné de les initier dans tous les mystères de la vie sociale. Vous l'avez vu, un tel pouvoir ne lui fut point accordé. Ces cris confus d Evohé, qui retentissent dans les orgies, je dois vous le dire, sont des cris dépourvus de sens. Ils manifestent une langue imparfiiite, expression bruyante et vague d'une société qui est dans sa première enfance. Toutefois la semence féconde est enfouie dans le sillon; la moisson ne peut se faire attendre.
« Roi pasteur, j'ai vu et la mort et les funérailles d'Erigone, et le tableau de cette touchante ménade est souvent devant mes yeux.