‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 100 sur 184 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

« anathème terrible ne se prolongera pas au-delà « de cette vie passagère. La mort aura tout puinfié! « Et ma désobéissance, trop punie , sans doute , aura « du moins permis à Polynice de se réunir avec sa " famille. .T'aurai fini son exil. »

« Pendant qu'elle parlait ainsi, on arrive à la caverne. La vierge sublime y entre ; un soldat y entre avec elle , dépose à ses pieds le vase plein d'eau , et le pain , dernier aliment accordé à la fille d'OEdipe. Il y joint une corbeille de fruits, et il se retire en versant un torrent de larmes. Ensuite , pour obéir aux ordres cruels qui lui sont donnés, il roule devant l'entrée de la caverne une pierre énorme.

« Le bruit de l'arrêt qui condamne Antigone à mourir de faim ne tarde pas de se répandre dans la ville. Isméne, qui était retenue dans son appartement par des gardes , est saisie d'un violent désespoir : maintenant elle se reproche sa faiblesse ; elle s'estimerait heureuse de partager le sort de sa sœur. Elle parvient enfin à s'échapper, et elle accourt auprès de ma fille Daphné. Toutes les deux, avec leurs jeunes compagnes et quelques mères vénérables , se rendent auprès de la caverne. Hélas î aucune d'elles n'ose concevoir la pensée de chercher à enlever la pierre qui en ferme l'entrée, tant était grande la terreur qu'imprimait le caractère inexorable de Gréon ! tant le respect pour une

loi avait aussi (jucUjuc chose de lelifjieux el de terril)li' ! 1) ailleurs il ne fallait pas de faibles bras pom accoiiij)lir un tel dessein; et des {gardes, disjjersés <;à et là, semblaient surveiller de loin le tombeau de la vierge ma{;uauime.

"Alors commencent les entretiens de la mort. Anti{jone, reconnaissant la voix de sa sœur, celle des conipaf>ncs de sa jeunesse et des mères vénérables, éprouva une vive joie. Elle parlait aux jeunes filles des jeux de renfance, elle parlait aux mères des révélations dune autre vie. '<Ma sœur, disait- » elle ensuite, et toi, Daphné, je vous en conjure, ' n'amollissez pas mon couraj^e par vos plaintes tou- .1 chantes; chantez alternativement les hymnes de « 1 Aonie: les accentsdes Muses suspendent les peines » de Tame; ils adouciront ce ([ue les derniers iu- '<sUnîts ont de trop funeste. »' Elles chantaient j)our obéira Anti{jone; mais elles chantjiienten pleurant. AntijTone, du fond de la caverne, répondait à ces (loii\ refrains qui avaient été faits pour les jours de fête. Et lorsque les chants cessaient, on entendait un concert de {gémissements. Antipone demandait de nouveaux chants; elle y répondait toujours: ensuite revenaient les entretiens de la mort. Voici (piebpies unes des paroles d Anti{jone:

« Souvenirs de la vie, éteignez-vous en moi. l'U^urs "des j)rairies, dt^a depuis loiij;-(ciiips nous uaviez

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