‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 102 sur 184 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

jeunes filles. Il y avait dans lair un parfum qui sexhalait des plantes et des fleurs. Sacrifice de l'innocence, tu étais agréé par les Dieux !

u La nuit se passa ainsi, avec des alternatives de chants et d'entretiens. Quelquefois Antigone demandait si la nuit était bien avancée; et, lorsque le crépuscule parut, elle demanda si l'aurore était prochaine. « Oui , lui répondit-on , l'aurore est bien « près de paraître. Les sommets des montagnes com- « mencent à être éclairés; des nuages de feu dorent « l'horizon. »

«L'aurore est bien près, dit Antigone; je ne la «verrai point. Ah! il me semble qu'un peu de.lu- « mière entre dans ma caverne. » Elle voulut alors reprendre les entretiens ; mais sa voix baissait. Elle pria de recommencer les chants : et elle ne répondit point aux refrains. Elle fut appelée avec angoisse par Isméne et par ma fille; et on n'entendit qu'un léger murmure qui ne put devenir une parole articulée. Les pleurs et les gémissements redoublèrent. Le soleil, en ce moment, s'élançait sur son char de feu: on interrogea encore; mais aucun bruit ne sortit de la caverne.

«Cependant Hémon , que ses graves blessures retenaient sur un lit de douleur, était dans une inquiétude mortelle. Il s'était fait raconter les funérailles des héros; il s'était informé du sort de

270 ANTÏOONE.

Polynicc. 11 avait osé blanicr s<iii jutc du harbarr traitement cju'il faisait essuyer à un fils cl ()Edij)c; et le tlKi{;rin amer (ju il en avait ressenti navait tait qu'a{if{;raver son mal. Mais il éUut bien loin de se douter du dernier dévouement d'Anti(;onc, et du sort (|ui était réservé à cette princesse maj^^nanime. 11 l'apprend enfin. Aussitôt il se lève, et se traîne, pres(|ue mourant, aux {genoux de son j)èrc, qui demeure inllexible. Alors, sans jierdre de temps, et rassemblant le peu de forces ({ui lui restent, il se revêt de ses armes, à linsu de ses {jardierts. Il se dérobe ainsi à tous les rcfjards : c'était le moment ou le sommeil a le plus de cliarmes pour les mortels. Il accourt du moins pour recueillir les dernières paroles d'Antif,one. Il arrive, il demande, à f;raiids cris, où est la douce victime. On ne lui répond que par des larmes et des gémissements. Il interrofifc de nouveau avec une anxiété terrible. On lui montre la pierre «pii scellait Tentrée de la caverne. "Fennnes, dit-il, et vous, jeunes filles, re- « tire/ -von s: (juc la Faute, sil y en a une, re- " tombe toute sur moi ! lietire//-vous, dit-il encore; •■ car on ne peut lui obéir assez prom])(enient au (^ré de son impatience. Alors, sans consulter ses forces, épuisées à-la-fois par \v.s vives douleurs de ses blessures, et par les cruelles souffrances de lann", il saisi! la pierre, il ICbraule, la dclaclie.

Page 1