LIVRE Vï
et la fait rouler assez loin pour déjO^ager l'entrée de la caverne. Il se précipite dans le tombeau de la vierjoe magnanime : elle rendait paisiblement le dernier soupir, comme l'enfant qui s'endort , plein d'innocence, sur le sein de sa nourrice. Les yeux d'Antigone ont pu néanmoins, avant de mourir, voir encore une fois le généreux Hémon. Elle ne lui a adressé aucune parole ; mais un sourire de résignation et de bonbeur s'est reposé un instant sur ses lèvres ; et ce sourire, dernier éclair de la vie, a été remplacé aussitôt par le calme solennel de la mort. '( Hémon, saisi d'une joie douloureuse, a recueilli dans son anie le sourire de la victime, expression toucbante d'un amour qui fut toujours si pur, et qui maintenant est revêtu d'immortalité. Le soleil éclairait de ses premiers rayons la caverne , tapissée de lierre et de mousse. Antigone n'avait point toucbé aux aliments qui furent mis à ses côtés. Elle n'avait cependant pas succombé aux cruelles angoisses de la faim ; mais elle s'était flétrie , semblable à un beau rosier dont l'orage aurait brisé la tige. L'arbuste odorant , détaché de la terre qui l'a nourri , et jeté sur une pierre aride, peut conserver quelques instants encore ses fleurs cbarmantes; mais elles ne tardent pas de se faner, et le parfum qu'elles exhalent finit par s'évanouir tout-à-fait dans les airs. Ainsi Antigone mourut accablée sous le poids
des souffrances, et non dans les anf^oisses de la faim. Ainsi furent troni])ées à-la-fois et la vainc précaution du roi de Tliébes et la j)itié stérile du soldat. Le fils de Créon, s inclinant sur la vierj'c privée de vie, lui parle à voix basse, comme dans la crainte d interrompre le repos sacré de finnocence: « C'est donc aujourd'hui, dit-il, (jue la sup- « pliante du Cythéron devient mon épouse! Oui, '< c'est aujourd hui que vont s'accomplir les pro- « messes d'Auiphiaraiis. Antigone, tu n'attendras « pas lon{j-temps celui que tu daignas aimer au « fond de ton cœur. »
««Les femmes et les jeunes filles s'étaient raj>prochées de la caverne; elles entendaient les paroles du héros: elles gardaient le silence, sans oser l'interroger; mais elles ne pouvaient se persuader i\ur les yeux de la vierge fussent fermés sans retour à la clarté des cieux. Ismène, tout en larmes, s'aj>prochant encore, considérait avec une sorte de respect sa sœur ensevelie dans les ombres mystérieuses de la mort: «C'en est fait, disait-elle, Antigone n'existe « plus. Elle s'est éteinte dans fexcès de la douleur. «Et moi, infortunée! que vais-je devenir? Trop «tard j'ai appris à te connaître, ame sublime de « ma sœur! Ah! il fallait que je fusse bien étrangère «« àtous les sentiments élevés, pour avoir pu ijjnorer .< si long-temps ce que ton cœur renfermait de tou-