‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 104 sur 184 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

« chant et de magnanime. Accoutumée à apprécier « l'existence d après des idées moins hautes que les « tiennes, je te voyais sans envie concevoir et exécu- « ter de généreux desseins. Le malheur s'étendait «autour de nous, le malheur frappait toute notre «famille déplorable; et j'accueillais encore Fespé- « rance, et l'avenir avait encore des charmes pour «moi. Hélas! j'ai été faible jusqu'à la fin. Mainte- « nant que je pourrais comprendre tes paroles, et « m'encourager de tes exemples, maintenant tu m'es « ravie. »

« Daphné , accablée elle-même de douleur, cherchait à calmer la douleur d'Isméne. Elle la serrait avec tendresse dans ses bras; et toutes deux pleuraient amèrement la mort d'Antigone.

« Les femmes et les jeunes filles versaient aussi des larmes abondantes; elles se disaient les unes aux autres : « Voyez la douce victime ! comme elle « repose paisiblement ! comme , sur sa belle fi- « gure , on retrouve encore la trace des plus nobles « pensées , des affections les plus touchantes ! Ne «dirait-on pas que, dans un songe merveilleux, « elle reçoit les graves révélations des Muses? "

« Hémon , debout aux côtés d'Antigone , la considérait, sans faire attention aux entretiens des femmes et des jeunes filles. De temps en temps il laissait échapper de sa poitrine de profonds soupirs; puis

il repassait clans sa mémoire les paroles qu'il avait ouïes sortir de la bouche d'Antij^fOue, lorsqu'il traversait, avec la suppliaute, la forêt de Néuue. "Déjà, lui disait-il, tu avais euteudu la voix (jui «sort des tombeaux; dcja, trop cruellement blessée « parla douleur, tu te penchais, arbuste charmant, «vers la terre, dernier asile des hommes. Ah! si du it moins l'aquilon élit retenu , à linstant même, son « souffle destructeur! »

« A ces mots, Hémon , se retournant du côté des femmes et des jeunes filles, leur parle ainsi d'une voix pleine de douceur : « Mères vénérables , et vous , « vierges modestes , vous toutes qui entouriez la ca- «verne, dites-moi, Antigone, du fond de sa de- « meure funèbre, a-t-elle conversé avec vous? Avez- « vous recueilli quelques sons harmonieux du cygne « mourant? »

« Oui, répond une femme, Antigone a converse « avec nous; et sa voix mélodieuse avait le pouvoir « de suspendre un peu l'amertume de nos peines. " Elle nous parlait de la vie future ; et ses nobles « pensées élevaient notre ame. '>

«' Pour nous, dit une jeune fille en pleurant, elle « nous entretenait des jeux de notre enfance. Hélas ! « désormais nous ne cueillerons plus les fleurs des " prairies, si ce n'est pour parer son tombeau. »

«Elle a été pour la mort, reprend une femme,

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