LIVRE \I
" ce qu'elle fut pour le malheur, douce et magnai< nime. "
" Isniène et Daphné , durant de si tristes discours, se tenaient embrassées, et ne faisaient que []fcmir.
« Hémon était debout et immobile, comme, dans un temps calme, un superbe peuplier sur le bord d'un torrent; il écoutait avec tranquillité les réponses des femmes et des jeunes filles. Alors méditant, à son tour, les pensées de la mort, dans son cœur, il dit adieu à cette vie pleine de troubles et de misères. Il ne forme qu'un vœu , celui de franchir la seule barrière qui le sépare à présent d'Antigone. Il veut rendre les honneurs de la sépulture à la vierge sublime, puis mourir.
« Le fils de Gréon recueille le peu de forces qui lui restent; il se baisse avec peine, et, appuyant un de ses genoux contre la terre, il saisit la fille d'OEdipe dans ses bras , pour la sortir de la grotte qui devait être sa tombe ignorée. Le héros se relève, et fait quelques pas en se reculant, chargé de ce douloureux fardeau, qu'il dépose mollement sur un tapis de verdure embaumée , tout près de l'entrée de la caverne. 11 veut rester encore debout à contempler, pour la dernière fois, l'épouse que lui donne la mort. Mais il est trop faible : ses forces sont entièrement épuisées. Il ne peut plus se soute-
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nir; ses blessures lui causeut (l'inexpriniables nu- {foisses; une sueur Froide inonde son visajje dccctloré. 11 sassied alors à eôté d"Anti;;one, et sincliiic léf^èrcnient sur la noble figure de la vicrye, (ju il ose à peine ref^arder de si près, tant il rcspeete, jus(ju'à la fin, les lois austères de la j)udeur. «Ce « que j'éprouve en cet instant, dit le jyuerrier, sans "doute, victime innocente, tu Vas éprouvé aussi; .' car nul être ne peut mourir sans douleur. "
« TiCs femmes et les jeunes filles demeurent immobiles dans le silence et dans les larmes.
«Créon, apprenant c[ue son fils avait dirijjé ses pas du côté de la caverne, accourt avec une inquiète sollicitude. Ce nest plus un sentiment d'aversion contre le sanj; d'OEdipe, ce n'est ])lus une aveujjle sévérité contre la suppliante du Cytbéron, qui le conduit: bêlas! il ne veut que sauver du désespoir le seul fils qui lui reste; et il est décidé à le sauver, même au prix d'une alliance avec la fille d'OEdipe, avec la fille de l'opprobre et du malbeur. Il arrive; il voit Anti(jone sans vie, et auprès délie le (généreux jeune bomnie j)lonf;é dans une sorte de calme que son père prend pour le calme stupide de la douleur. Il essaie de le ramener par des paroles flatteuses. Ilémon refuse un instant de répondre; puis, craijjnant que son silence ne soit un oiitraf^fe à l'auteur de ses jours, sans quitter son attitude.