LIVRE VI
sans ôter les yeux de dessus l'objet de ses regrets, il laisse échapper ce peu de mots: «Mon père, « votre tendresse est bien tardive; je vous remercie « néanmoins : je sais à présent qu'un peu d'amour « pour moi reposait au fond de votre cœur. Hélas! " ma seule ambition lut de devenir l'époux de cette " fille sublime; mais je serai son époux dans la " tombe. Le prêtre guerrier que les Dieux voulurent « soustraire à une guerre impie, Amphiaraûs , avant « de descendre dans les abymes de la terre , m'a « prédit que je devais être l'époux d'Antigone sur '< les sombres bords. Voilà que ses promesses vont « s'accomplir. Le fils d'Oïclée était enveloppé des « vapeurs que déjà exhalaient autour de lui les « fleuves des Enfers ; et c'est au milieu de ces vapeurs «de la mort que le ministre auguste d'Apollon, « prenant pitié de mes secrètes douleurs, m'a fait « cette prédiction solennelle. Ah ! la vérité parlait «par sa bouche; et il connaissait tout le prix de la « vierge magnanime, car il me disait encore : « Qui « pourrait, sur la terre, être digne d'unir sa desti- « née à la destinée d'Antigone? » Mon père, je vais « rejoindre l'épouse qui m'est promise. Régnez en « paix surles peuples de la Béotie. Adieu, mon père. » «Il expire à ces mots. Accablé de fatigue, ses larges blessures s'étaient rouvertes; le sang, qui ne pouvait plus être contenu par les appareils, s'était
échappé avec violence ; et, Dieux î le vêtement blanc" de la vierge pudique Fut à 1 instant même inondé de ce san{^ f^i'-néieux. lïénion mourut ainsi , les yeux toujours attiichés sur la fille d ( H'Mipe.
« Gréon se retira, entraîne par ses amis, (jiii étaient accourus près de lui. Les deux époux furent placés sur le même bûcher, et ensuite ensevelis dans le lieu où ils avaient été réunis par la mort.
" Ismêne et Dapliné, avec les compaj^nes de leur â{je et les mères vénérables, menaient le deuil pour la vierge du Gytliéron; nul ne menait le deuil pour le |)rince de Thébes, parceque son père malheureux, solitaire dans les palais de Laïus, se livrait tout entier à sou morue désespoir. Les cérémonies des funérailles durèrent tout le jour, et se prolongèrent j)cndant la nuit.
« I^a ville de Cadiiius était dans les larmes: la douleur publique fut augmentée encore par ce nouveau malheur: chaque famille pleurait, dans le silence, les deux victimes, comme si elles leur eussent appartenu par les liens du sang.
«La jeunesse de Thébes se rassend)la le lendiv main autf)ur du tombeau de la pieuse Antigoneet du généreux Ilémon. Les jeunes filles avaient des branches de mvrte et des couionnes de roses; les jeunes houniies tenaient a la main des conrontjes de eliùne et des branches de laniicr. In xicillaid.