‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 110 sur 184 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Lorsque je formai le projet de peindre Antigoiie, j'étais bien loin de ne vouloir retracer que d'anciens malheurs, des malheurs qui, depuis Eschyle jusqu'à nos jours, n'ont jamais cessé d'attrister la Muse trafjique. Ces calamités devenues triviales, cette inflexibilité d'un destin aveu^ole, tous ces lieux communs (jui sont comme un reste déplorable de l'héritage d'OEdipe , auraient peu mérité, sans doute, qu'on s'en occupât encore pour les présenter sous un jour nouveau. Mais, il faut bien le dire, les traditions que j'ai entrepris de rassembler ici ont été , depuis les poètes grecs, à-peu-près entièrement méconnues. On a refusé d'y voir l'histoire même de l'homme, l'histoire de ses misères, de ses faiblesses, de ses courtes et trompeuses félicités , de ses lonp^ues douleurs, de ses chagrins amers, de ses tristesses infinies : on a refusé aussi d'y voir le développement des plus hautes pensées et des sentiments les plus généreux; car le malheur est une belle révélation de l'homme moral.

L'antique énigme du Sphinx dénonce un être qui n'a qu'une voix, et qui n'est debout qu'un instant. N'est-ce pas là tout l'homme? N'est-ce pas là

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cet être qui ne sait (juc fjémir, et dont la vie, sans durée, se perd, pour ainsi dire, entre deux enfances misérables? 11 marche ]>ar des chemins obscurs en savançant vers un but«(uil i{;norc. Souvent il desire ce quil devrait éviter; souvent il forme des projets qui trompent son attente, lors même qu'ils ont succédé selon ses vœux. Ses pas sont incertains, ses passions l'éçarent, et sa prudence elle-même lui tend des piêjîes cruels. QuehpieFois encore il croit ne commettre que des fautes, et cest de (grands crimes ({u il sest rendu coupable: \ccpn rare, mais terrible, ([ui lui est donnée pour lui enseif^ner à conserver son cœur toujours innocent! Tel fut Œdipe. Mais cet homme du malheur, cet homme que Tautiquité re^ifardait comme femblème des destinées humaines, ce roi de Ténijouie, eut des enfants, qui vinrent en quelque sorte compléter une telle vie. Nous voyons ses fils, héritiers malheureux de son ambition, de son or^jucil, de son caractère inflexible, se disputer, à main armée, le trône de leur père. Ses filles, colombes gémissantes, méritèrent d'avoir les belles (pialités tpii le firent distinguer parmi les hommes : elles eurent (pichjue chose de sou brillant génie, et tout-à-fait sou {;oût pour les choses honnêtes et pour la vertu. Antigone seule reçut eu partage la magnanimité d'Œdipe, et lélévation de ses sentiments: elle eut, de plus, cctlc

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