‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 111 sur 184 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

douceur et cette patience qui aiment sur-tout à s a})procher du cœur des femmes; elle eut cet oubli de soi-même, qui met le comble à toutes les vertus héroïques : aussi Antigone est-elle, au milieu d'une famille si funeste, et parmi les calamités de sa patrie, tantôt comme une divinité secourable qui encourage et console, tantôt comme une victime pure qui expie les fautes des autres. Nous ne sommes donc point isolés sur cette terre de deuil ; non , Dieu jamais n'abandonna sa noble créature : à côté des erreurs, de l'infortune, même de l'opprobre, il plaça l'innocence, la vertu, le dévouement; et l'homme, ce roi détrôné, traverse son exil, toujours accompagné de l'Antigone que le ciel lui envoya.

Mais qu'on ne cherche point ici de rapprochement ni d'allusion : ce n'est pas une allégorie que j'ai prétendu faire; j'ai dit tout mon dessein. D'ailleurs, au moment où j'écrivais, trop d'amertume était au fond de mon ame pour qu'il me fût permis de me livrer à de tels jeux de l'imagination; et trop de respect aurait enchaîné ma plume : non , ma pensée ne s'est point élevée jusqu'à ces objets d'un culte filial et douloureux, dont on pourrait croire que j'ai voulu rappeler l'image, à l'aide d'une fiction mensongère. Ah! ce n'aurait pas été ainsi qu'il eût fallu peindre de si augustes malheurs et de si hautes vertus! Néanmoins, si, en retraçant, d'après

Page 1