‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 112 sur 184 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

1 aiili(|iiité , 1 idéal d'une vie de dévouement et de sacrifice, j'ai rencontré quelques traits de cette princesse admirable qui a passé sa première euFancc dans les prisons et sa première jeunesse dans 1 exil ; de cette princesse née ])our expier les fautes des hommes et pour consoler un grand monarque dans ses peines; de cette princesse éprouvée par de si étranges infortunes, par des souffrances qui semblent dépasser les limites des forces humaines; enfin si j'ai rencontré quelques traits de cette princesse magnanime, qui n'a requ le nom dWntigone française que parce(pic ce nom, consacré par la vénération des siècles et par les merveilles de la poésie, est devenu celui de la piété filiale elle-même: alors j'aurai atteint un degré d'estime et de gloire auquel j'étais bien loin de prétendre.

Et pendant qu'inspiré par la Muse de la douleur j essayais de dire la grandeur et la misère de la condition humaine, les destinées de ma patrie s agitaient dans les balances de l'Éternel. Le plus bel empire de la terre paraissait accablé sous le poids de la malédiction; un peuple remarquable entre tous les peuples expiait ses fautes nombreuses, ses coupables erreurs, de trop vastes tiioniphes. Un autre Œdipe, un nouveau roi de l'énigme, précipitait la malheureuse France dans la coustcriKiiioii ( t diiiis les larmes. L'Europe entière était de-

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venue comme l'ancienne Gadmée ; par-tout les sillons engraissés de sang semblaient ne produire sans cesse de nouveaux bataillons que pour présenter sans cesse de nouvelles moissons à la mort. L'incendie et le meurtre , se succédant sans relâche , étaient continuellement vengés par le meurtre et 1 incendie; le carnage ne s'arrêtait jamais; et nos villes, naguère si florissantes, attendaient, à chaque instant, le sort le plus déplorable. Qui n'eût dit alors que c'était la fin de toutes choses? Atteint de funestes pressentiments, ainsi qucTirésias à la cour du roi Priam,je prévoyais une ruine entière: le devin fugitif portait d'avance , dans son ame attristée, le deuil de la grande métropole de l'Asie; et moi, dans ma pensée, déjà je cherchais avec angoisse la place de nos cités détruites. Mes terreurs avaient de trop justes fondements; car il ne s'agissait plus de présages, ni de vagues considérations sur les vicissitudes humaines, sur le cours ordinaire des événements : ah ! l'avenir nous était ôté ; et nous étions, après toutes les horreurs d'une effroyable tempête, livrés à un naufrage certain. Pouvionsnous, en effet, connaître les secrets de cette Providence divine qui veillait encore sur nous? Pouvions-nous savoir que tout-à-coup aux prodiges de la colère allaient succéder les miracles de la clémence?

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