‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 116 sur 184 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Nous étions au mois d'août i8i4; j'allais en Italie, où quelques affaires m'appelaient, et où je devais faire un assez long séjour. J'arrive au pied des Alpes. Un de ces accidents de voiture, qui surviennent si souvent en route, m'ayant obligé de m'arrêter, je voulus, pour me distraire de cette petite mésaventure, m'enfoncer un peu dans l'intérieur du pays. Je pénétre, de gorge en gorge et de précipice en précipice, jusqu'à un hameau perdu au milieu d une nature affreuse.

Enterré dans dés fondrières et des ravins, ce hameau n'avait pour horizon qu'un mur circulaire de rochers nus et pelés, semblables aux monts de Gelboé, maudits par le prophète, et que la rosée du ciel refusait de fertiliser. Rien de pittoresque ne s'offrait à la vue. On eût dit un lieu privé de toute communication, destiné à enfermer des malfaiteurs. Cependant quelques chétives ha-

3i2 LIIOMME SANS NOM.

bitations se jjroiipaicnt autour d'une cfflise rustique, ruinée par le temps, et (pii fut autrefois {jrossièrement réparée. Elle n'avait, comme les pauvres cabanes dont elle était entourée, qu'un misérable toit de cbaume noir à demi consumé.

Je crus d'abord (pte ces tristes masures étaient les restes d'un ancien village abandonné. Tout me paraissait tomber de vétusté. Je n'apercevais les traces d'aucune créature bumaine, ni d aucun animal domesti([ue : nul mouvement, nulle voix, nul cri n'animait cette solitude désolée.

Mais bientôt je remarquai une petite maison, assise loin de toutes les autres, au milieu d'une j)rairie aride: la porte était entrouverte, ce qui me fit juger «pie quelqu'un y demeurait. Je jugeai en même temps que le village était aussi babité. D'ailleurs, si je n'avais vu les traces d'aucun animal domestique, je n'avais vu non plus les traces d aucune bête sauvage. J'en conclus que les habitants étaient au loin répandus dans des vallées moins stériles, ou dispersés pour différents travaux, sur les montagnes. Dans un tel J)ays, l homme, déshérité de toutes les douceurs de l'existence, n'a ni li; loisir ni la pensée de soigner sa demeure. Cest bien assez pour lui tfavoirà h itter contre les torrents, contre les orages, contre mille dévastations; tlavoir à écarter tous les fléaux, <pii, chacpie jour, mena-

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