‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 118 sur 184 · PREMIÈRE PARTIE. 3i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. 3i

silencieusement de sa maison, et marcher, la tête baissée , dans le même sentier que celui où j'étais. Aussitôt je m'avançai au-devant de lui, et il ne m'aperçut que lorsqu'il ne pouvait plus se détourner pour éviter un inconnu. Il me considérait avec une sorte de curiosité timide et suppliante. Quant à moi, mes regards avides le dévoraient; je cherchais à le pénétrer tout entier. C'était un homme d'une taille avantageuse, d'une figure noble, couronnée de beaux cheveux blancs. Il était facile de reconnaître que l'âge seul n'avait pas sillonné son front découvert; mais ni l'âge, ni la violence des tourments dont il paraissait avoir été la proie, n'avaient pu parvenir à effacer l'empreinte de facultés éminentes. Dans le temps où le feu de la jeunesse et de l'enthousiasme animait ses yeux, ils durent être pleins de puissance et de charme. Sa démarche et l'ensemble de sa personne annonçaient la défiance de soi qu'inspire le malheur, et non point celle que produit la honte du remords. Je ne savais comment expliquer le contraste de traits si parfaitement bons, si peu dégradés, avec le signe de sombre exaltation et de terreur dont cet homme était marqué par son nom.

Nous ne tardâmes pas de nous rencontrer. Je le saluai ; il me rendit mon salut. Je m'arrêtai ; il s'arrêta aussi , mais involontairement , et comme un

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automate (jui obéit, sans joindre la pcnséeà lartioii. «Cette maison, lui dis-je avec embarras, en montrant celle d'où il venait de sortir, cette maison est avons? » — « Oui, monsieur, répondit-il, c'est l;uj ne je demeure; et sans doute vous savez déjà (juel liomnieje suis.» Mon embarras aujjmenta, je fus tout près de ne pas poursuivre; néanmoins je me rassurai, et je repris en balbutiant, et en chereliant mes mots : " Je ne me crois ])as très bien instruit sur vous, monsieur; on m'a dit seulement, et je crains de le répéter, on m'a dit: C'est la maison du llc- };icide. »

.le le vis alors pâlir légèrement; ses yeux levés sur moi exprimaient le sentiment d'une longue et profonde souffrance, d'une souffrance intime à kupielle il n'y avait aucun adoucissement possible, ni j)ar les années, ni par les distractions. (^uel<pies {;outtes de sueur vinrent mouiller son triste front: vous eussiez cru qu'un souvenir douloureux lui apparaissait tout-à-coup et pour la première fois. Ses mains, qu'il se mit à considérer avec horreur, semblaient vouloir écarter un être surnaturel et menaçant, ou une ombre accusatrice. l'uis il se remit un peu. Son visage ne présenta j)liis que l'aspect d'un calme j)res(jue stupide. Son regard, qui toiil-à-l'lieure inq)lorait si bien la conq>assion , était devenu terne, sinistre, d une sombre indiffé-

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