PREMIERE PARTIE
vous en ont-ils pas remis la peine? Dieu pardonne à sa faible créature; est-ce à la faible créature qu'il convient de conserver un immortel ressentiment? Elle doit pardonner aux autres, et se pardonner à elle-même. "
« Monsieur, monsieur, répondit cet homme , penseriez-vous qu'un fils , qui aurait tué son père , pût jamais être absous? Et immoler son roi , n'est-ce pas commettre plus que mille parricides? Monsieur, Dieu avait mis dans mon cœur des sentiments élevés dont le souvenir me reste pour aujjmenter mes tourments. Je suis plus criminel qu'un autre, parceque je suis descendu de plus haut pour me jeter dans cette fange odieuse. L'assassinat de fauguste martjr n'a point été le forfait d'un obscur scélérat, d'un aveugle fanatique. Il y a eu , à son égard , l'apparence et le plus grossier déploiement de quelques formes juridiques, parodie monstrueuse de la justice légale, de la justice des sociétés humaines. La victime , dévouée d'avance , a été interrogée ; elle s'est résignée jusqu'à ne pas refuser de répondre. Ses prétendus juges, qui étaient en même temps ses accusateurs , se dirent , et paraissaient être en effet les délégués de la nation française. Louis XVI fut condamné en présence de cette nation elle-même. Voilà , monsieur, ce qui ajoute à l'énormité de mon crime. Il ne m'atteint pas seul, je fai fait partager à
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un (Ti'and peuple. Ali ! <le tous les peuples qui vivent sous le soleil, nul n'était j>lns éloirfué <pie celui-là de mériter une pareille llétiissure. Il a fallu, je ne dirai pas faire violence à ses mœurs anciennes et nouvelles; mais il a fallu le séparer de lui-même, le traîner d'excès en excès, de vertif;es en vertif^es, pour le courber sous le jouj^ d'une si exécrable fatalité. Ce terrible fardeau des ven (y ean ces célestes, qui a pesé si lonj^-temps sur ma malheureuse patrie, c'est moi qui l'ai attiré. Dieu a dû punir la nation devenue par moi la nation régicide. Et c'est moi! juste ciel! c'est moi qui suis l'auteur de tant de maux. C'est moi qui ai créé pour notre belle et noble France l'affreuse solidarité de mon parricide. C'est moi, puisfpic moi tout seul, peut-être, je n'étais pas étranger à la connaissance de ces rapports intimes qui unissent les peuples et les souverains; c'est moi, puisque les véritables croyances sociales n'avaient jamais cessé de reposer au fond de mon cœur. Les sophismes du siècle avaient pu égarer ma raison, mon imagination avait pu souvent être séduite par de vaines théories; mon amc n'a jamais été complètement aveuglée, .le savais ce que je faisais. Oui, monsieur, le vrai Régicide, c'est moi.
te Suis-jc parvenu, monsieur, à vous faire comprendre pourquoi je me trouve si criminel, pour- (|uoi je me rej^arde eoinuie un ('trv hors de la iia-