‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 123 sur 184 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

avez-vous mis en moi, dès l'heure de ma naissance, un cœur faible et présomptueux? "

«Oui, monsieur, ainsi que vous le disiez toutà-Vhcure, je faisais partie de cette assemblée à qui Ton donna le nom de Convention nationale, pour exprimer qu elle devait recommencer les destinées du peuple français. Jamais, vous le savez, mandat si solennel ne fut si solennellement trahi. Réunion étran(>e, informe, terrible, de hauts talents, de vertus austères, de sentiments exaltés, de crimes, de bassesses, d instincts anti-sociaux , d'envies longtemps comprimées; on eût dit que les hommes dont elle était composée représentaient à-la-fois les farouches républicains de Sparte, les fiers citoyens de la Rome de Brutus, les complices de Catilina , les esclaves révoltés que Spartacus entraînait sous ses drapeaux. On eût dit que ces hommes, choisis à la lueur des torches de septembre, étaient des échappés des bagnes de Toulon, cachant sous la toge l empreinte de leurs fers honteux; qu'ils étaient d'habiles phrasiers d'académie; qu'ils sortaient des salons , des antichambres , des barreaux , et des ateliers. Tous, arrivés au rendez -vous ou pour é.»orperou pour être égorgés, devaient être tantôt assassins et tantôt victimes dévouées; on leur promettait à-la-fbis l'échafaud , le poignard , des couronnes civi([ues souillées de sang. Les uns croyaient

avoir de lonjjiics injures à vençer; les autres, de brillants systèmes à réaliser; d'autres, enthousiastes fiéroces, méprisaient les obstacles, les hommes, et les choses; d autres enfin, lâches vainqueurs, conquérants ini(jues, ne voulaient qu'enlever les dépouilles opimes d'une civilisation s'écroulant sur elle-même. C'était un amalgame monstrueux des passions les plus viles et les plus généreuses, de la haine la plus invétérée et de la bienveillance la plus universelle, des éléments les plus dissemblables Ibrcés de fermenter ensemble. Cette assemblée devait reproduire toutes les turbulentes inquiétudes qui soulevaient la vase de la société, et toutes les vaines théories politiques ramassées sans choix, sans distinction des temps et des lieux, dans 1 histoire de lesprit humain. Enfin elle devait essayer de réaliser toutes les idées bonnes et mauvaises, produites avec une témérité inouïe par le siècle qu'elle terminait sous tant de sinistres auspices.

«Je vous demande pardon, monsieur, de mètre aussi étendu sur la composition de cette formidable assemblée : mais je l'ai ciii nécessaire pour vous l'aire mieux sentir condjieu je devais y être déplacé. (^iioi qu'il en soit, elle se hâta de proclamer, sans délibération, un nouvel ordre de choses dont elle ne connaissait point les bases futures; elle se hâta ih: proclamer le nom, mais le nom seul, dun gou-

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