‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 126 sur 184 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

le dogme de la religion sociale que nous venions d'établir, celui de la souveraineté du peuple, en ôtant à l'auguste accusé la faculté de l'appel ; nous voulions nous réserver tout notre courage pour le moment où il s'agirait de l'application de la peine, .l'eus donc aussi cette première condescendance pour les passions forcenées, ou plutôt je me laissai entraîner à ces premières lâchetés, gage assuré de la dernière ; car d'un instant à l'autre les circonstances devenaient plus menaçantes, le poste plus périlleux. Étrange position que celle d'admettre des principes dont on se promet de repousser ensuite les conséquences, comme si les conséquences n'étaient pas toujours forcées et inévitables! comme s'il ne fallait pas plier devant la fatalité qu'on a faite soi-même! D'ailleurs nous nous trouvions tous au milieu d'hommes que le comble même du crime n'épouvantait point ; et nous , timides et irrésolus , nous ne pouvions nous communiquer nos pensées pusillanimes.

« Je ne vous parlerai point non plus ni de cet acte d'accusation qui était un tissu de mensonges ou d'inculpations sans autorité; qui dénaturait les faits en les isolant, en les empoisonnant, ou en les falsifiant; qui tronquait des pièces déjà frappées de discrédit par elles-mêmes ou par la manière dont elles avaient été recueillies: je ne vous parlerai ni

lu; LIIOiMME SANS NOM.

tic cette violation si évidente de toutes les lornics juridiques, conservatrices de 1 innocence, ni de cet interrogatoire où le trouble le plus ignoble et Tin- (juictude la plus passionnée étaient du côté des juges, et le calme le plus majestueux, le plus inaltérable, et, pour ainsi dire, le plus impassible, du côté de Taccusé; ni de cette défense (jui lut à la fin permise, mais qui ne fut qu une odieuse dérision, puisqu'elle ne put être préparée ni appuyée par aucun des documents nécessaires, et qui ne ilevait servir qu'à faire éclater le généreux dévouement de deux Fran(^ais. Tous ces détails ont été recueillis par riîistoire, et je n'ai à vous entretenir (|ue de moi.

« Lors donc que fut venue la terrible journée du jugement, je me rendis à la Convention. Je voulais, et d'autres voulaient comme moi, anéantir, dans ce dernier effort d'un pouvoir usurpé , les sinistres concessions ([ue nous avions faites. Je croyais, oui, je croyais que ma chétive voix finirait par s élever en faveur du juste. Ah! je ne saurais me lasser de le répéter, quel profond malheur que d'être à-la-fois faible et présonq^tueux !

"Monsieur, s'il pouvait y avoir quelque excuse pour moi, c'est-à-dire pour un caractère dépourvu de toute éner{;ie au moment de lépreuve, je vous IKJndrais rot ap|)ar('il meuaraut qui entourait l'as-

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