‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 127 sur 184 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

semblée, je vous peindrais cette orafi^eiise stupeur tle rassemblée elle-même; je vous dirais les cris affreux d'une vile populace, qui, couverte de sang, ne demandait qu'à en répandre encore, et qui surtout voulait le sang du juste; je vous dirais ce délire solennel et muet qui vint s emparer des prétendus juges, qui vint transformer tant dames, jusqu'alors des âmes humaines, en véritables instruments de crime et de mort.

« Enfin le moment de voter arriva. Mes oreilles entendirent des accents inouïs qui troublaient l'affreuse monotonie d'un murmure d'effroi ; elles entendirent des discours sans suite, expressions sacrilèges qui planaient avec terreur sur tous, blasphèmes confus qui me glaçaient d'épouvante. J'étais résolu, oui, j'étais résolu de m'absoudre moi-même en prononçant l'absolution de l'innocent. Je cherchais d'avance à compter les voix , à les deviner, à interroger jusqu'au trouble des consciences. Ce sentiment sympathique et contagieux qui vient se saisir d'une multitude assemblée, qui se réfléchit de tous sur chacun , restait impénétrable pour moi , et je ne pouvais rien prévoir. J'espérais cependant que , soit justice de la part des uns, soit pitié de la part des autres, le grand parricide ne s'achèverait pas.

«Déjà plusieurs votes avaient été émis, et ces votes divers me faisaient passer par toutes les in-

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certitudes les })liis cruelles, par toutes les alternatives de rabattement et de la douleur. Je les notais avec angoisse dans ma mémoire. Celui dont un sort cruel appela le nom immédiatement avant le mien prononça d'une voix assurée l'arrêt de mort. Des murmures d'une exécrable approbation raccompagnèrent lorsqu'il descendit de la tribune; des murmures de menace me suivirent lorsque je me présentai pour y monter, .l'y arrive en frémissant. Je sentis comme mille poignards à-la-fois tous les yeux, qui furent spontanément fixés sur les miens: cette multitude de regards inquiets et inexorables ainsi concentrés exercèrent aussitôt sur mon ame une puissance surnaturelle de trouble et de fascination que je ne puis expliquer. Autour de moi rien ne m'encourageait, et tout au contraire mepouvantait. Aucun cœur ne semblait vouloir me répondre. Je me trouvais seul comme un bommc suspendu sur le penchant d'un abyme, et privé de tout secours. Livré à l'abandon le plus absolu , je ne sais quel attrait du crime, je ne sais quel goût du remords et du désespoir vint saisir avec des bras de fer une pauvre créature délaissée. Eh Dieu ! je crois qu'en ce moment funeste une parole inconnue, une parole qui n'était pas la mienne, vint se placer sur mes lèvres iniques. Arraché de ma propre conscience, perdu dans la confusion de mes

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