PREMIÈRE PARTIE. 34 i
des con)])af;nons de rage et de désespoir; je n'étais pas seul sur rétanj; de feu.
«< Cependant la profonde abjection où j'étais tombé n'avait pas achevé de me pervertir. Une espérance me retenait encore, espérance vague et incertaine , mais qui, nourrie dans mon sein, acquit peu à peu une grande force. Je disais en moi-même: Non, il n'est pas possible qu'un tel crime soit consommé à la face du ciel, en présence d'un grand peuple, d'un peuple qui a toujouî"s marché si noblement dans les voies de Ihonneur et de la civilisation ! Insensé mille fois! comme si, arrachée des mains des bourreaux, la victime dévouée n'eût pas rencontré ou les piques de septembre ou les poignards des juges assassins ! D'ailleurs, et je l'ai bien com- ])ris depuis , l'arrêt qui venait d'être prononcé n'était-il pas le parricide lui-même? Le sceptre des rois ne venait-il pas d'être ignominieusement brisé? La vie ou la mort de cet homme qui n'était plus qu un homme de bien , puisque sa couronne avait été traînée dans la fange et le sang, la vie de cet homme précipité du trône... ah! vous frémissez, monsieur, et des paroles si nouvelles pour vous alarment votre conscience irréprochable; j'achèverai néanmoins, dussiez -vous me retirer toute votre pitié, dussicz-vous m'accabler de tout votre mépris... la vie ou la mort de cet homme n'étaient-
elles pas devenues, en (juelcjue façon, des choses
indifférentes, et comme de simples accidents?
« De telles j^ensées sans doute ne peuvent se présenter à Tesprit que de celui qui a trempé ses mains dans le sang, et encore lors([uil est séparé par de longues années du jour où il a commis un si grand attentat, lorsque lame tout entière a été, pendant ces longues années, employée à pénétrer les mystères profonds des événements. Ombre auguste que je continue d'outrager, si toutefois il est possible de vous outrager; ombre auguste, vous le savez sans doute , ce n'est point pour affaiblir le sentiment de mon crime, ce n'est point pour être moins à l'étroit dans les liens du remords, que j'ose ainsi me livrer à d inconcevables méditations.
«« Pardon, monsieur, je reviens à mon triste récit. Tout semblait consommé du côté des juges de Louis XVI , lorsque les défenseurs de ce roi de toutes les adversités se rendirent au sein de la Convention pour accomplir un dernier devoir de leur ministère sacré. Hommes heureux , dont j'enviais si bien le sort, vous qui illustriez à jamais votre vie par un si beau dévouement, j)endantque moi j'allais être condamné à traîner la mienne dans l'opprobre, que j'eusse aoulu, au })rix de vos nobles dangers, de dangers iiiilKfois plus grands encore, être comme vous à la barre de rassemblée, et, comme vous, parler au non)