‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 132 sur 184 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

sa céleste mansuétLide, la soustraire aussi à lanathèmc ven(;cur. M. de Malcsherbes, vieillard vénérable qui ne tardera pas de suivre au supplice son ancien maître, ah! disons mieux, son modèle et son ami, M. de Malcsherbes prononça quelques mots entrecoupés par sa profonde émotion. Ces mots sans suite n avaient d'autre sens que celui qu'ils recevaient de la solennité du moment et des cheveux blancs du noble vieillard. Mais quel moyen de toucher des hommes qui avaient pu voir d'un œil sec la décadence de ce qu'il y a de plus grand sur la terre ! Qui le croirait ! la demande de Louis XVI et de ses défenseurs ne fut pas même l'objet d'une délibération : elle fut écartée avec indifférence par l'ordre du jour. « Le 2 1 janvier luit tristement sur la France consternée. Il faisait un froid très pénétrant ; le soleil était enveloppé d'épais brouillards. Quelle nuit longue et affreuse je venais de passer, et que de nuits non moins longues et non moins affreuses celle-là m'annonçait! Si le sommeil, un sommeil de plomb, s'approchait un instant de ma paupière, aussitôt une voix terrible me réveillait pour me raconter mon crime , pour me dire les suites de mon crime. Une implacable Furie était debout devant moi, et me promettait de ne plus me quitter. Quelquefois je voyais le juste élevé déjà au sommet de la gloire laisser tomber sur moi des regards sereins et coin-

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pâtissants Qucicjuefois encore il me semblait (|nc Dieu allait briser, à cause de moi, Touvraije do la création, et je ne sentais (|u'avcc une terreur intime que j'avais une ame immortelle. .Vêtais sorti de ma demeure avant le jour, et je vis les apprêts qui se faisaient pour le sacrifice.

«Une multitude d'hommes armés, pris au hasard, mêlés de manière à ce qu'ils fussent tous étranfïers les uns aux autres, seulement distin^^ués entre eux par des mar(|ues de craie blanche sur leurs habits, selon les différentes sections auxquelles ils appartenaient, dirijjés par des chefs dévoués à la cause impie, comme un vil bétail que le boucher conduit à la mort; cette multitude formait une haie de soldats d'enq)runt, disposée sur la longue route que devait parcourir le descendant de soixantecincj rois, pour aller de sa prison àléchafaud. Tous les habitants de cette grande cité étaient restés dans leurs maisons exactement fermées comme autant de prisons, car tel fut l'ordre aucpiel il fallut obéir. Nul n'avait la faculté d'aller et de venir dans les rues, si ce n'est ceux à qui un poste ou un emploi avait été assijjné. La ville était changée en nue solitude immense, affreusement animée par le funeste et silencieux appareil du su])plice. Et moi, je ne pouvais errer dans cette solitude ({ue par fodieux privilé{je du parricide.

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