PREMIÈRE PARTIE. 3/iç
«Je voulus m'approchcr du Temple et voir ces tours funèbres où Louis XVI était enfermé avec la plus déplorable des familles. On vous a dit la scène décliirante des adieux; je n'ai pointa vous la retracer, et je n'en serais pas digne. Jamais je n'ai pénétré dans ce sanctuaire de tous les malheurs et de toutes les vertus; je voulus suivre la victime auguste; je me mêlai à cette troupe morne et étonnée, qui se remuait par une consigne inconnue, et qui avait des armes à condition de ne s'en servir que contre elle-même. Peut-être, hélas! un petit nombre d'hommes de courage et dévoués eussent suffi pour délivrer le juste; mais je ne sais quelle puissance invincible enchaînait toutes les âmes généreuses, car ce n'est pas le sentiment du danger qui peut ainsi frapper d'immobilité un grand peuple. Peuple français , sans doute tu avais trop à expier pour que le sang innocent ne fût pas versé pour toi et en ton nom ! Et lui , cet homme qui fut ton rOi, qu'avait-il mérité? Ah ! il avait mérité de ne plus habiter une terre désormais livrée à toutes les malédictions célestes. Dieu voulait l'ôter du milieu de nous avant d'achever de vider la coupe de la colère ; Dieu enfin voulait le faire sortir du monde, comme jadis les envoyés de Dieu firent sortir un autre juste d'une ville coupable qui allait périr dans un abyme de feu.
«Cette multitude armée, marchant avec ordre
35o LIIOMME SANS NOM.
autour et à la suite du char où reposait paisil)lcnient celui (jui attendait la couronne du niartvi", cette multitude, impassible en apparence, gémissait avec amertume. J'ai vu des larmes couler suila plupart des visa^yes , mais ces larmes étaient aussitôt essuyées avec effroi. Il y avait dans tout cet ap pareil et dans tout cet ensemble, comme dans tous les esprits et au fond de tous les cœurs, letreintc de l'anathcme et dune immense douleur. Ce n était point une victime vulgaire qui allait être innnolée; la royauté apparaissait toujours : elle se manifestait jusque dans le soin que Ton mettait à l'effacer. On protégeait par les armes l'assassinat de celui qui, dans le tenn)S où il était revêtu de la puissance, refusa de protéger au prix du sang son pouvoir, sa liberté, sa vie. Malgré leur audace, malgré leur feinte assurance, les hommes de la révolte s effrayaient du coup dont le retentissement ébranlait le monde. Us ne pouvaient être rassurés par le déploiement de toute cette force militaire. Avec ces cent mille soldats d'un jour, ils auraient porté la désolation dans tout un empire, et ces cent mille soldats suffisent à ])einc ])our leur faire croire à fimpunité, et à la consommation du sacrifice. Il fut facile alors de reconnaître que le prestige de la |)uissance avait survécu à la puissance abattue ; l'innocence si indignement outragée poussait un cri sourd qui était entendu de