‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 134 sur 184 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

tous. Le fanatisiuc se taisait. Une invincible pitié, une invincible horreur, ([u'ils ne pouvaient étouffer, commençaient les tourments d'un {yrand nombre, leur prédisaient une éclatante punition. Ainsi ceux mêmes qui devaient triompher d'une si funeste victoire ne triomphaient point, et l'épouvante gisait dans toutes les âmes.

« Cependant tout était calme , immobile , enchaîné. Nul n osa sortir de cette profonde stupeur pour prononcer ou le mot de grâce ou le mot de salut. Plusieurs pensaient en eux-mêmes qu'inutilement on chercherait à sauver le prince dont on déplorait le sort; et cette pensée vague d'une destinée inexorable mettait à Taise toutes les lâchetés. N'était-il pas trop vraisemblable en effet que toutes les précautions avaient été prises ; que des assassins attentifs aux moindres mouvements de pitié, ignobles et impassibles instruments des passions furieuses, fussent placés près du char funèbre pour immoler à l'instant même celui dont la mort avait été si solennellement jurée , pour l'immoler au moindre signe; pendant que les canons qui roulaient autour du char auraient jeté le désordre, la confusion, mille horribles trépas au sein de la multitude? Le crime puise à pleines mains dans les trésors inépuisables du crime; ses ressources sont infinies , parceque rien ne borne ses exécrables

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conceptions, et il met, pour parvenir à ses fins, une éner()ie ([ue neiit jamais la vertu. D ailleurs tous ceux qui assistaient à cette cruelle agonie de la société elle-même, et qui y assistaient avec un cœur déchiré, étaient isolés, sans communication entre eux, dans un état de défiance et de consternation qui ôte toute force morale. Pendant que Ton recueille ses esprits, le temps, (jui ne s'arrête point, amène une suite d'instants, d instants incvitiibles, jusqu'à ce({u'enfin le dernier de ces instants inévitables, l'instant fatal soit arrivé.

« Toutes ces réflexions, je ne les faisais point alors. Les émotions étaient trop terribles , trop concentrées , pour laisser la liberté de penser ou de se rendre compte de ses propres pensées. Eh! pardonnez-moi , monsieur, si j'interromps ainsi mes récits pour vous faire part de mille idées confuses qui se mêlent dans mon esprit éperdu. Ilélas! depuis si long- temps, une seule chose m'occupe, un seul sentiment m'absorbe ; je suis , pour ainsi dire, sans passé et sans avenir, tant cette chose seule, tant ce sentiment unic[ue sont toujours présents devant moi: depuis si lon^r-temps aussi je n ai parlé à personne de mes troubles et de mes angoisses ! Il n'est donc pas étonnant que mes discours soient sans suite.

«Vous savez, monsieur, quel lieu fut choisi poiii-

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