‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 143 sur 184 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

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dévorer sans relâche! Il faut que je porte aussi la peine du second rcfjicide, lonjj et silencieux attentat auquel je nai cependant point participé. Je voudrais en vain secouer le fardeau de toutes ces épouvantables responsabilités. Il pèse sur moi comme une montagne.

« Qu'ajouterais -je, monsieur, à tout ce que je viens de vous dire? Vous entretiendrais -je encore de tout ce qui fut fait pour confirmer d'une foron si atrocement solennelle la relifjion du ré{;icide? Vous parlerais-je de la violation des tombes royales de Saint-Denis, de la fête sacrilège du 21 janvier où l'on exigeait le serment de la haine, fête instituée pour rendre le peuple entier complice du grand attentat que Louis XVI avait voulu ne faire porter que sur ses auteurs? Vous peindrais-je ce peuple français traité par la vengeance du ciel, comme dans les anciens jours, ces hommes à qui Ton refusait le feu et feau ; sorte d'excommunication immense dont il n'a pu être purifié que par d'immenses malheurs? Vous peindrais-je ce même peuple en quehpie sorte exilé sur le sol dévorant où il souffre mille maux , n'ayant pas besoin d être porté sur les bords des fleuves de fétrangcr pour regretter la patrie absente, et n'ayant d'autre refuge contre tant de fléaux de tous les genres que les camps ou les échaliauds? Vous le niontrerais-je

n'échappant, plus tard, à Vanarchie que pour tomber dans les bras de fer du despotisme?

«Cependant, vous le savez, de nobles protestations s élevèrent du sein même de ce ofrand peuple opprimé par un destin inexorable. La {ifuerrc civile, étendue de l'intérieur à l'extérieur, le nombre sans mesure des martyrs, prouvaient l'horreur générale; et si tant de forfaits inouïs sollicitaient continuellement la colère de Dieu , le généreux dévouement de tant de victimes innocentes sollicitait continuellement aussi sa clémence. C'est du sein de mille désastres que j'ai souvent entendu retentir des chants de victoire; mais, il faut bien vous l'avouer, j'étais peu sensible à la gloire de nos armes. L'éclat de nos triomphes militaires ne pouvait m'absoudre de mes remords. Enfin le rétablissement du trône de Clovis a fait briller un rayon de joie sur ma triste vie. J'ai pensé que si je n'étais pas affranchi de mon ignominie, du moins la généreuse nation sur qui j'en avais attiré la funeste solidarité était devenue libre. Mais, moi, je suis demeuré sous le poids du courroux céleste. Oui, monsieur, jusqu'à présent j'avais cru la société perdue. Je la voyais arrachée de ses bases, et je n'apercevais aucun appui pour elle. Cette vieille Europe , ébranlée d'un bout à l'autre , devait , à mon avis, exécuter sur elle-même et sur ma mal-

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heureuse patrie les irrévocables arrêts de la v(*ngeance du ciel. Tavais perdu tout droit à cette vertu ([ue la relijTJou nouime respérancc: pouvais-je doue espérer encore (pie le bras de mon Dieu ne voudrait pas de sitôt briser son ouvrage? pouvais-je espérer que les tribus d'Israël allaient voir finir les jours de la servitude? Ainsi la tyrannie se débattait en vain dans son agonie sanglante. Le sceptre de la domination lui échappait. La France, la reine des nations, envahie de toutes parts, sans être encore vaincue, tout-à-coup abaisse ses armes, non point devant les chefs de la croisade européenne, mais devant les fils de saint Louis. Une si heureuse révolution sans doute imprimait plus fortement sur mon front Vanathème; je n'eus pas de peine à me résigner, puisque c'était un moyen de plus d'expier mon crime.

« Maintenant, monsieur, vous savez quel homme je suis ; et je vois à votre attendrissement que vous n'êtes pas sans pitié pour moi. Cette retraite âpre et sauvage où j'ai continué de vivre inconnu et so litaire, je m'y suis toujours plus attaché, parccqu'elle est tout-à-fait conforme à la situation de mon ame. Que n'ai-je pu en trouver une plus âpre et plus sauvage encore! Que n'ai -je pu voiler le soleil, et faire qu'il restât pour moi comme il était le jour du 21 janvier! Que ne puis-je défendre à la

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