PREMIÈRE PARTIE
lune d éclairer mes pas durant la nuit, où de pénétrer dans mon odieuse demeure! Je n'ai pas la triste puissance de m'exiler de la nature entière. Mon Créateur continue de faire descendre justjuïi moi les dons qu'il voulut répartir entre tous les hommes. Il n'ignore point que j'ai profané le mystère sacré de l'existence ; mais je ne l'ignore point non plus. Et, soyez-m'en témoin, monsieur, n'ai-je pas fait tout ce que j'ai pu pour me soustraire à de tels bienfaits? A moins de répandre moi-même mes entrailles sur la terre, et de jeter mon sang contre le ciel, que puis-je faire de plus?
" Sous cette paille à demi pourrie qui me sert de lit est une fosse dans laquelle je veux être enterré lors(|ue Dieu jugera à propos de m'appeler en sa présence, pour que je reçoive mon jugement définitif; car, dès à présent, monsieur, le supplice que j'éprouve est un avant-coureur de ce jugement redoutable. J'ai déposé ma dernière volonté dans un écrit que je ne puis vous montrer. Cette maison doit être démolie pour couvrir ma fosse de ses débris ; et, durant au moins une génération, les hommes, en voyant ces ruines, diront: « Ce tas de pierres fut la maison qu'habita le Régicide. » En attendant nja mort, que je redoute, et qu'en même temps je desire, je ne veux point avoir d'autre société que ma Bible, parcequ'elle m'enseigne les desseins de
Dieu sur rhomme et sur les empires de la terre. " Je vais quelquefois , la nuit , porter mes pas dans rcnccintc du cimetière; j y considère avec envie les tombes des innocentes créatures qui y sont ensevelies. Des larmes les arrosèrent, et les arrosent chaque jour; et la mienne, obscure et délaissée, sans doute, sera maudite de loin. Souvent je m'enfuis de cette enceinte paisible, dans la crainte de troubler, par ma présence, le repos de ces ombres ([ui furent les bien-aimées de mon Dieu, qui vécurent et moururent sans crime. Tose quelquefois, cependant, m'asseoirsur les marches de cette croix que vous voyez au milieu du cimetière. Puis, je me mets à genoux devant ce signe sacré, et je lui demande avec douleur si le Rédempteur des hommes est venu aussi pour celui qui tua son père, pour celui qui versa du poison dans la coupe de sa mère. Je lui demande si le Dieu du pauvre et de Taffligé est venu pour consoler aussi le Régicide. Je me rapjielle alors les dernières paroles qui précédèrent le cri de la dernière agonie de riIomme-Dieu. ^e furent-elles pas, comme celles de mon roi, des paroles de pardon? Eh quoi! toujours de la miséricorde; et moi, j'ai été sans miséricorde! « Ils ne savent ce qu'ils font!» Ah! si telle fut la cause du pardon , moi , je suis hors de toute espérance de pardon. Moi, je savais ce que je faisiiis!