DEUXIÈME PARTIE. 3y
meurtre juridique de son roi frappé du même coup qui renversa les institutions anciennes. Maintenant que tout est rentré dans Tordre , maintenant que la France a reçu le bienfait de la réconciliation, maintenant que les jours de la captivité sont finis pour les tribus d'Israël, maintenant, homme faible et lâche, qui avez assassiné votre roi, votre crime est effacé par le Souverain absolu des sociétés humaines. Vous avez accompli par votre long repentir la seule condition qui fût mise à votre pardon. Ce pardon généreux, accordé par la victime, est sanctionné par le ciel. Vous avez supporté le remords, il ne vous reste plus qu'à supporter le retour à l'innocence et à la vertu. Vous avez supporté l'opprobre de l'impunité, sachez supporter la grâce du pardon. Cette vie est une vie d'épreuve. Dieu a voulu qu'il y eût plusieurs sortes d'épreuves pour développer dans l'homme l'intelligence et le sentiment moral. Il a voulu que riiomme devînt, en quelque sorte, l'ouvrage de l'homme luimême. »
u Dieu ! interrompait le Régicide, et lorsque l'homme, infidèle à l'épreuve, au lieu de perfectionner ce que son Créateur lui laisse à perfectionner, ne sait accomplir que le mal! » « Eh bien! répondaient les deux prêtres; ne vous avons-nous pas dit qu'il y avait plusieurs sortes d'épreuves? Il y a
394 LIIOMME SANS NOM.
donc aussi l'épreuve de l'infamie et du crime! Ah! le malheur tout seul ne suifit j)as sans doute pour de certains hommes. Il faut (|ue ceux-là traversent par la malédiction tout entière, avant dêtre purifiés. Aux uns il fallait des infortunes non méritées ; il était bon que les autres méritassent les leurs. Il fallait aux uns, au moins le témoignage de leur conscience; il dut être refusé aux autres: ils ne pouvaient être lavés que par le remords. L'énergie du sentiment moral n'a pu se développer en eux <ju a cette funeste condition. »
Ainsi parlaient les envoyés de Dieu. Us avaient le droit de tenir un tel langage, car ils étaient empreints des marques de la persécution. Ils avaient rendu témoignage à leur propre conscience au prix du ris(jue de la vie. Ils avaient expié pour les autres, 11 ayant point à expier pour eux-mêmes.
Ils entrèrent dans la maison du Régicide, pour la purifier. Ils voulurent ensuite (jue cet homme eût un véritable lit, au lieu d'un misérable grabat; qu'il eût plusieurs chaises, une table neuve, et un meuble convenable pour serrer son linge et ses vêtements. Ils exigèrent quil fût habillé avec une propreté décente, qu'il entrât dans féglise, (ju il j)articipât avec les fidèles à tous les exercices de la religion. Ils le firent renoncer à son projet dêtre enterré sous les ruines de sa maison. Ils lu; le (pii(-