DEUXIÈME PARTIE. 3(p
turent qu'après l'avoir entièrement réconcilié avec sa conscience.
Dès-lors on vit cet homme ne plus mener une vie aussi isolée. Il se laissa servir par cette femme, dont tout le soin jusque-là s'était borné à lui apporter chaque jour sa nourriture. Il ne fuyait plus les habitants du village. Il entrait dans l'église avec une touchante timidité qui ne le quitta jamais. Il semblait se glisser parmi les fidèles plutôt que se mêler avec eux. Il s'approchait assez souvent de la table où Jésus-Christ distribue le pain des élus. Lui qui avait coutume d'habiter une haute sphère d'idées et de sentiments, était sensible aux simples prônes d'un curé de campagne. La parole de Dieu était toujours pour lui la parole de Dieu.
Dès-lors encore on le voyait prolonger ses promenades dans les environs du hameau, s'élever sur les hauteurs, non plus dans les moments d'orage, mais dans les belles journées : il aimait à jouir du spectacle de la nature, et à adorer son Créateur parmi de beaux sites.
Dès-lors enfin il s'occupa à soigner les alentours de sa demeure; il eut un petit jardin où il fit croître quelques légumes. Il vivait toujours seul, mais comme un anachorète, et non comme un excommunié ou un lépreux. Il souffrait qu'on l'abordât; il causait avec tous; il avait la simplicité d'un en-
3ijG LIIOMME SANS NOM.
faut. Toutes les superstitions au.\<(uclles il avait donné lieu cessèrent; les bonnes femmes ne passaient plus avec crainte près de lui ni près de sa demeure. Ce nctait plus aux fossoyeurs seulement (|u il adressait la parole.
Toutes les années, le jour de son fatal vote, il le passait dans une retraite plus rigoureuse. Je m'exprime ainsi, quoiqu'un seul anniversaire ait lui suite Régicide depuis sa réconciliation; mais dans ce seul anniversaire il fut facile de prévoir ceux qui auraient suivi.
Il mourut avec calme, confiance, résignation. Ses restes furent placés dans le cimetière commun. Le curé accompagna sa dépouille mortelle, à la tête de tous les habitants du hameau. Avant de prononcer les dernières jjaroles de la relijyion sur le cercueil, il monta en chaire pour unir dans les souvenirs de ses paroissiens la mémoire de la victime auguste et la mémoire du triste instrument du crime. Tous fondaient en larmes , et ces larmes étaient un triomphe de plus pour la religion et l'humanité.
Une croix de fer marqua la tombe de rinconnu ((ui avait racheté un grand crime par un louj; repentir. Aucun nom ne resta attaché à sa poussière.
Le lU'gicidc qui, pendant si long-temps, m cul