LIVRE IL
«tes frères! Mais il me semble que la lumière clu «jour m'est rendue! Où suis-je? Ah! je les vois, «les misérables, je les vois! ils sont armés cVun « [;laive! Justes Dieux! quel spectacle me présentez- « vous? Au milieu des cris plaintifs de mille mou- « rants, je distingue leurs cris; leur dernier soupir »< à tous les deux retentit en même temps au fond «de ma poitrine. Eh bien! me voici donc parvenu «au comble du malheur! Ma fille, j'ai perdu mes «sens et ma raison.» Ensuite, après un moment de calme, il ajouta: «Antigone, tu as promis de « suivre ton père; viens, guide mes pas; fuyons ces « lieux funestes. » Ainsi parla le fils infortuné de Laïus; et, s'appuyant sur la vierge timide, il sortit de son palais. Isméne accompagna son père et sa sœur jusque hors des murs de la ville. Là, elle reçut leurs embrassements douloureux , et rentra auprès de ses frères.
«A peine OEdipe a-t-il franchi la jx)rte Néitide, que ses deux fils deviennent la proie de toutes les malédictions paternelles. A ce moment solennel et terrible, Étéocle et Polynice sont comme saisis par une main toute-puissante, qui les secoue et les fait chanceler. Leur visage est livide, leurs yeux éteints, leurs cheveux hérissés , et tous leurs os craquent avec violence. Ils veulent parler, et ne poussent que des rugissements. Ah! dès-lors il fut facile de re-
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connaître des victimes promises à la colère des Dieux. Us semblaient marqués au front, pareils à ces troupeaux qui doivent être éfjorgés pour la nourriture de Thomme, et que le berger fait parquer dans des lieux séparés.
'< Cependant Antigone et son père s éloignaient des murs sacrés de Thébes. « Hélas! disait le roi fu- " gitif j autrefois je quittai Corintbe pour me sous- ' traire à la triste destinée dont j'étais menacé. Com- « bien les temps sont changés! Alors la terre était, en u quelque sorte, ouverte devant moi; et je pouvais «avoir encore quelque confiance en l'avenir. Au- «jourd'bui, je ne sais où je vais; je n'ai plus d'a- « venir. Je suis un sujet de terreur pour les bom- « mes: je n'ai rien à éviter, rien à espérer. Sans ta « piété, ô ma fille! que deviendrais-je? Adieu , disait- " il encore, adieu, ville de Gadmus, où j'ai passé de " si brillantes années. Ma fille, elles sont écoulées à «présent, ces années de gloire et de prospérité; " mais, du moins, j'en ai joui , (juoiipie ce n'ait pas « été sans quebjue trouble au fond de lame. Et toi , «ma fille, à peine à lentréc de la vie, tu ignores u tout-à-liiit le bonbeur! Puissent les Uicux égaler « ta récompense à la peine que méritent tes frères ! »
«Mon père, répondit Antigone, pounjuoi tou- « jours ainsi mêler avec vos vœux paternels les «anatbèmes dont vous a((ai)l(v, mes frères? Hélas!