LIVRE III
«heureux. O mon lîèrc! n'attends pas le dernier M moment pour expier tes fautes ; les Dieux aiment «le repentir; accomplis toute justice, et rends le «trône à ton frère. Le malheureux, il erre dans « Texil ! Tu ignores , Etéocle , combien il est dur " d'implorer le secours de l'étranger, d'avoir à es- « suyer ses rebuts. Tu ne sais pas combien il est dou- « loiireux de vivre loin de la patrie. »
« En parlant ainsi , Antigone tenait embrassés les genoux de son frère, qui détournait la tête pour cacher ses pleurs. «Je connais Polynice, répond "Étéocle après un moment de silence, oh je le .( connais ! une fois monté sur le trône , il ne voudra « plus en descendre. Antigone, qu'espérer d'un fuit rieux qui arme contre sa patrie tous ses voisins? « Ma sœur, tu fais de vains efforts, je ne céderai la « couronne qu'avec la vie. »
« Antigone, toujours aux pieds d'Étéocle, le suppliait avec larmes; mais toutes ses prières furent inutiles. Trop sûre à la fin qu'elle ne pourra fléchir lame implacable de son frère, elle résout, pour dernier parti , d'aller à Argos implorer la pitié d'Adraste, qui conservait encore dans son cœur quelques sentiments généreux; mais, avant de s'éloigner de Thébes une seconde fois, elle voulut revoir Ismène sa sœur, et ma fille Daphné, la douce compagne de son enfance.
i3o ANTIGONE.
« Je n'essaierai point de vous j)C'in(lrc cette entrevue décliirante. Lorsque les d(;ii\ filles d'Œdipe se furent livrées à toute lamertume de la douleur, elles se retracèrent mutuellement l'une à l'autre les maux quelles avaient soufferts. Antiffone racontait le voyage de TAulide, et la catastrophe du Cytliéron. Tsméne racontait à son tour les malheurs de Thèbes, et sur-tout les pensées cruelles qui agitaient Polynice à l'instant où il quitta sa ville natale. "C'était le lendemain du jour où tu sortis du " palais de Laïus, avec mon père aveugle, disait « Ismène. Étéocle avait un air calme, mais ce neu tait qu'en apparence; de temps en temps quel([ue .< chose de sinistre s'échappait de ses yeux. Il venait « seulement d'entourer son front du bandeau royal, « et déjà il paraissait dégoûté du pouvoir suprême. «Au moment où les deux frères se séparèrent, Po- « lynice versait des larmes. Il voulut serrer pour la « dernière fois dans ses bras Etéocle , (jui le re- .( poussa en disant avec une voix concentrée : «Quelle valeur peuvent avoir nos embrassements, « nous ({ui venons de chasser ( )Edipe? Nous avons « cessé d être fils, pourrions-nous être ix^tés frères?» « A ces paroles, ils fondent en larmes, et le remortis « entre dans leur amc. Mais Crœn, avec un sourire «dédaigneux, leur disait. «Vous êtes bien les di- « gnes fils du faible Ol'^dipe! Vous ne savez être ui