LIVRE III. i4i
«sans doute, n'eut moins que vous besoin d'un « ornement étranger ; mais il est bien permis à une « mortelle d'ambitionner une parure que Vénus" «elle-mênie ne dédaigna pas. Croyez-en ma parole, « ce collier est à vous, si vous m'enseignez la retraite « qu'a choisie le poète guerrier dont Argos réclame « le secours. C'est d'Amphiaraiis que dépend la «victoire; il ne pourra manquer d'approuver que « vous m'ayez révélé un secret au(|uel tient la gloire «de notre patrie.» Eriphile, séduite par ce discours artificieux, indique, en tremblant, le lieu où s'est caché son époux.
« Adraste cependant soupçonne quelque infidélité ; sans doute il désire la présence d Ampliiaraûs , mais il ne veut pas la devoir à une perfidie. Aussitôt il prend sa lyre, et se met à chanter une imprécation contre cette vanité funeste qui perdit si souvent le cœur des femmes. Il peint des couleurs les plus tristes la magicienne de Golchos , appelant tout l'art des enchantements au secours de sa beauté. Il peint Déjanire employant des philtres , et ensuite des poisons, pour fixer le cœur du grand x\lcidej enfin il peint Niobé s'égalant à une Déesse, et punie de cet attentat. «Ah! disait-il, les femmes ne pour- " ront donc jamais assez compter sur la puissance « de la beauté ; elles voudront toujours y associer les « prestiges de l'art et les recherches de la parure. »
i42 ANTIGONE.
Tous les convives se rqjardaiciit entre en\; ils ne jMMivaient (•oiu])i('n(lrc eeqni excitait ainsi le courroux du vénérable Adrastc. Kripliilc soupirait , des larmes roulaient dans ses yeux; elle sentait avec amertume tout 1 empire de la vanité sur le cœur des lémmes, et son front se colorait d une vive roujycur. x\rf[ie, aux discours du roi, éprouva de même un embarras qu ellccbercliait à dissimuler. La sœur de Polynicc promenait ses rejjards interdits sur rassemblée; et, chose inouïe! cette vierge si pleine de candeur et d'innocence rouf^issait aussi, quoiquelle fût bien loin, sans doute, de mériter de semblables reproches.
« Le neuvicuje jour, toute la famille et les nombreux compafjnons d'Adraste étaient de nouveau réunis dans la salle du festin. Amphiaraiis, victime de la faiblesse de sa jeune épouse, s y trouvait aussi : le front charfifé d'ennuis, mais décidé à subir son sort, le divin vieillard cachait sous un air calme et paisible toutes les terreurs qui désolaient son amc.
«Je ne sais ([uclles pensées nous occupent pn ce a moment, dit Adra^ite ; mais je crois ajxîrcevoir sur «tous les fronts l'empreinte de la douleur. Appe- « Ions à notre secours les Muses consolatrices. Faites- « nous entendre, princesse de Thébes, quelques i« uns de ces chants que répéteni entre elles les "jeunes filles de lAonie. »