LIVRE III. i
«Hélas! répond Anti{][oiie, comment ponrrais-jo « répéter les chants de l'Aonic? Koi d'Ar{><)s, en ces (« jours de tristesse, ma voix ne sanrait exprimer les (i accents de la patrie. »
« Alors Amphiaraiis, héritier de la lyre d'Orphée, voudrait célébrer d'abord la gloire des enfants de Pélops, la richesse des coteaux de Prosymne, la fertilité des campagnes qu arrose llnachus; mais il craint de causer quelque peine à la fille d'OEdipe. Il voudrait aussi peindre ces événements mémorables conservés dans les traditions de tous les peuples, faits éclatants qui attestent et la justice et la puissance des Dieux; une race perverse noyée dans les eaux du déluge; les Titans écrasés par la foudre dans les plaines de Phlégra , au pied de ces monts qu'ils avaient follement entassés ; mais le poète divin préfère chercher dans son cœur la peinture des sentiments les plus tendres, des affections les plus douces. Quoique récemment trahi par son épouse, elle lui est chère comme au jour où il la reçut pour la première fois dans sa maison. Sa lyre se monte sans effort sur le mode le plus suave et le plus harmonieux, pour dire toutes les douceurs de l'amour conjugal. Hélas! en effet, il aime toujours la belle Eriphile; mais, il faut l'avouer, une sorte de tristesse respirait dans le son de sa voix. On sentait quelque chose des accents d'Orphée, lorsque, sur
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les bords du Strymon, le fils de Galliopc redemandait aux éelios sa chère Eurydice; ainsi Amjdiiaraiis produit sur sa lyre les plus touchants accords. Il raconte lïyperniénestre exposant ses jours pour sauver ceux de sou époux ; Alccste consentant à mourir pour le sien. Eriphilc (jémissait. I^e vénérable Adraste retient ses larmes avec peine: il pensait à cette rigueur de la mort qui nous prive des êtres les plus chers. «Sacrifice de la vie, disait-il « en lui-même, tu nés rien! Que ne puis-je mourir «le premier! mais je suis destine à survivre à tous, « et c est ce (pii fait ma douleur. «
« Antigone avait abaissé son voile. La vierge pudi(jue pleurait en silence. Ces prodiges de Tamour conjugal ravissaient son ame; et son cœur se laissait doucement entraîner à la pensée d'IIémon. Elle eût trouve mille charmes à souifrir avec un objet aimé, à se dévouer pour lui; et ces souffrances et ces dévouements de lamour excitaient toute son envie.
« La pieuse fille d'Ol'klipe est absorbée dans la «douleur, dit Adraste, parceque le poète divin n'a «fait entendre (jue des chants plaintifs. Fils d'Oi- « clée, dites-nous quelque ebant joyeux. »>
«La poésie et la musique, répond Anqdiiaraiis, " doivent, avant tout, chercher les routes du cœur; «et le cœur de 1 homme ne sait (jue souffrir. Puis-