‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 61 sur 184 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

"Eh bien, reprend Ilémon, orpheline délaissée, «votre sort n'est-il pas entre vos mains? Qu'un « époux remplace les appuis que vous avez perdus ; « qu'il soit tout pour vous, vous serez tout pour lui! «Ah! j'en jure par les Dieux immortels; ce n'est «pas l'hymen accompagné des joies folâtres, ce « n'est pas l'hymen environné des jeux et des ris, « qui plaît à mon cœur : c'est Ihymen entouré du «cortège sérieux de l'estime réciproque, de laffec- « tion mutuelle, des pensées graves et austères. »

« Hémon, dit Antigone, comment songer à fixer « sa destinée lorsque celle de la patrie est aussi « incertaine? Ah! je rougirais si je pouvais conce- « voir en ce moment quelqu'un de ces projets qui « annoncent la paix de lame et un esprit rassuré sur a l'avenir. Mais vous, prince, je le sais, vous n'avez « pas les mêmes raisons que moi de dédaigner les « illusions de l'espérance. »

«Vierge magnanime, répond le héros, tous vos « devoirs sont accomplis envers la patrie , envers «votre famille, et, si vos vertus ne suffisent pas « pour expier les fautes du sang malheureux de « Laïus, je redoute peu cette sorte danathème dont « vous vous croyez sans cesse menacée. Tout mon « bonheur serait de supporter avec vous le poids « terrible qui vous épouvante, malgré votre cou- « rage. Oh! que bien volontiers j'habiterais avec

" Aiitigfonc on la cabane cruii pâtre, ou la Initie «d'un pécheur! que bien volontiers je mendierais « avec elle le pain de la pauvreté ! I^e mépris même "des hommes ferait ma joie. Anti^jone, je ne suis « pas étranjjer non plus à l'infortune. Et sur-tout " combien n'ai-je pas à rouffir de lodieuse ambition « de mon père ? »

«Prince, dit-elle en gémissant, ne voyez-vous « pas que je suis comme ces génisses à qui le ber- «ger n impose jamais le joug, parceque, dès leur « naissance, il les a destinées aux sacrifices? Hémon, « ne songez point à vous lier à mon sort. Les infor- « tunes qui vous poursuivent sont des infortunes «qui doivent finir: les miennes, plus terribles, « tiennent en quelque sorte à mon existence. Je suis « née dans le malheur, je dois vivre, et, sans doute, « hélas! mourir dans le malheur. Le malheur est le « tissu même de ma vie. Hémon , cherchez une "épouse qui plaise à votre père; les Dieux veulent « que nos parents reçoivent de nous leur appui et « leurs consolations. Cherchez une épouse qui puisse « s'abandonner aux riantes séductions de Tespé- « rance: qu'elle aime à sourire aux enchantements «delà poésie; que les Muses lui apprennent leurs « plus doux secrets pour charmer les peines de votre « vie. Mais il est des misères (pii flétrissent le cœur; •' ïlémon, (|ue votre épouse nait pas le cœur ainsi

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